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Destination Auschwitz avec Robert Desnos. Prface de Marie-Claire Dumas


Andr Bessire
Paris, Edition l'Harmattan, 2001, 303 pages

Il faut remercier Andr Bessire d'avoir de nouveau " forc sa mmoire " afin de nous livrer son tmoignage la fois sur l'horreur des camps et sur le calvaire d'un pote dont la posie voulait faire barrage la barbarie. En effet l'auteur jeune, rsistant de 18 ans, fut le compagnon d'infortune et " voisin de paillasse " de celui qu'Aragon, dans un mouvant pome, appelle :

" Robert le Diable, .....
celui qui partit de Compigne accomplir jusqu'au bout sa propre prophtie l-bas o le destin de notre sicle saigne... ".


Robert Desnos, l'un des potes du " Surralisme " et ami d'Andr Breton est trs vite devenu, ds le milieu des annes 30, touch par la guerre civile espagnole, antifasciste et militant contre l'antismitisme, l'ancien pacifiste qu'il tait crit en 1938 :

" Je chante ce soir non ce que nous devons combattre Mais ce que nous devons dfendre...... ".

Aprs la " Drle de guerre " il rentre en rsistance intellectuelle contre Vichy dirig par le " Marchal Ducono " et l'occupant. Avec Youki, sa femme, dans l'appartement de la rue Mazarine ils reoivent tous ceux qui partagent leurs ides, Eluard, Picasso et bien d'autres et qui ils font partager leur optimisme. Il rentre ensuite dans le rseau de renseignements " Agir ". Son poste au journal " Aujourd'hui ", dirig par un inconditionnel de la collaboration Georges Suarez, va lui permettre de fournir de nombreux renseignements aux responsables Anglais du rseau. Il rentrera aussi en relation avec le mouvement " Combat " et Jean Bruller, c'est dire " Vercors " l'un des fondateurs des ditions de Minuit o il signera de son pseudonyme " Pierre Antier " un pome " Ce coeur qui hassait la guerre " o il clame sa rvolte contre Hitler et ses partisans et sa foi pour " Ces coeurs qui hassaient la guerre... et battaient pour la Libert ".

Il est arrt, par un " triste Mardi-gras " neigeux du 22 fvrier 1944 et quelques jours plus tard transfr au camp d'internement de Royal-lieu prs de Compigne. Andr Bessire relate minutieusement la vie dans ce camp, anti-chambre de la dportation, o il fera connaissance avec le pote, " amus par son excentricit vestimentaire et dcontenanc par son humour ", dont l'arrive dans ces tristes lieux s'est vite rpandue. Desnos y retrouvera quelques connaissances dont Maurice Bourdet du " Poste parisien ". Plein d'nergie et d'imagination " Robert le Diable " est de toute les distractions intellectuelles du camp, c'est le pote racontant " le Surralisme ", sa vie et dialoguant avec tous les dtenus, s'attirant de Vincent Badie, l'un des 80 [dputs] qui surent dire non Ptain, cette phrase : " Mes flicitations pour ces heures d'oubli que vous nous dispensez si gnreusement ".

Le 27 avril 1944, cent vingt par wagon, c'est le dpart pour un " hallucinant voyage " vers Auschwitz-Birkenau, quatre mois peine avant que " le Veilleur du Pont-au-Change n'accueille les armes libratrices ". Quatre jours plus tard c'est l'arrive dans ce que l'auteur appelle " les curies de la mort " ou tonnamment et courageusement Desnos devenu le matricule 185.443 s'essaye communiquer ses camarades son optimisme. Devant l'horreur de ce camp, la vue de ces milliers de dtenus famliques, et des menaces d'exterminations profres par les " Kapos ", pour Desnos et les quelques compagnons qu'il retrouve comme Rmy Roure une seule ide : " survivre et vivre pour tmoigner... ".

Le 14 Mai nouveau dpart, cette fois si pour le camp Buchenwald o l'enfer est peu de chose prs identique, " o les journes s'coulent moroses, interminables, parfois interrompues d'incidents..... " avec la faim comme compagne. Au dbut juin Robert Desnos et Andr Bessire vont tre affects dans le mme commando de travail Flha en Saxe dans une usine de production des fuselages d'avions. Peu manuel le pote " dambule " avec un balai dans les ateliers, privilgi avec les colis de nourriture que lui fait parvenir Youki qu' il partage, permettant une bonne mais provisoire survie. Allongs sur le mme chlit, touchante la relation que fait l'auteur de ses dialogues avec le pote, de ses bons mots et de ce rituel o Robert Desnos donne ses compagnons ses consultations " Cl des songes " qui annoncent toujours le bonheur futur et la libert. Dans le quotidien de Flha, fin 44, o la faim, le froid, la fatigue et la violence, dominent, l'on voit Robert Desnos entraner ses compagnons " vivre sa vie d'artiste " avec une verve animatrice et un entrain tonnant. Avril 45, tandis que les Allis resserrent leur tau sur l'Allemagne, la faim et les mauvais traitements ont affaibli le pote, tandis qu'une nouvelle tragdie va commencer pour tous les dports qui vont tre jets, par leurs tortionnaires, sur les routes Allemandes, pour former " les derniers convois de la mort ".

Aprs trois semaines d'une marche puisante, le 7 mai, veille de la cessation des combats, le convoi o se trane Desnos puis arrive au camp de Theresienstadt. Robert Desnos rong par la fivre va rentrer l'hpital militaire russe, o les mdicaments font dfaut, " sa flamme " l'abandonnera, au matin du 8 juin1945. Encore une fois, merci Andr Bessire, pour les deux trs forts tmoignages qu'il nous donne dans ce livre : celui remarquable et peu connu des dernires annes du pote et celui terrible de vrit de l'horreur des camps exauant ainsi l'un des voeux " du passant de la rue Saint-Martin " : celui de tmoigner.

Jean Novosseloff
Secrtaire Gnral-adjoint de l'association " Mmoire et Espoirs de la Rsistance "


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