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COMMUNICATION DE LA FONDATION DE LA RESISTANCE

Actualit, Lun 14 juin 2010

 COMMUNICATION DE LA FONDATION DE LA RESISTANCE A PROPOS DE L'ACTION INTENTEE PAR LA FONDATION FRANCO-JAPONAISE SASAKAWA A L'ENCONTRE DE KAROLINE POSTEL-VINAY

Madame Karoline Postel-Vinay, directeur de recherches au CERI (laboratoire rattaché au CNRS et à Sciences Po) est actuellement attaquée en diffamation[1] par la Fondation franco-japonaise Sasakawa, sur des fondements qui mettent gravement en cause la liberté de la recherche historique.

Madame Postel-Vinay est poursuivie pour avoir diffusé en décembre 2008 par son courriel une pétition  collective d'une soixantaine de chercheurs : celle-ci demandait au Ministère des Affaires étrangères de retirer son soutien à un colloque franco-japonais célébrant le 150e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises, au motif que ce colloque était financé principalement par la Fondation franco-japonaise Sasakawa.

La pétition et un mémorandum annexé rappelaient en effet que la Fondation appartient à une nébuleuse d'organismes fondés par Ryoichi Sasakawa, un ultranationaliste japonais arrêté par les Alliés en 1945 comme criminel de guerre de classe A, puis relâché dans le contexte de la guerre froide, et devenu multi-milliardaire en gardant des liens étroits avec l'extrême-droite et les yakuza (la mafia japonaise).  Ils rappelaient également que, tout en finançant des activités philanthropiques ou culturelles, les diverses fondations créées par Sasakawa au Japon et à l'étranger défendent la mémoire de leur fondateur depuis sa mort en 1995 et que l'une d'elles a publié en 2005 le résumé d'un ouvrage négationniste sur les massacres de Nankin, en assurant ensuite la promotion de l'ouvrage auprès des grandes bibliothèques universitaires du monde. 

Le Ministère des Affaires étrangères a retiré son soutien au colloque après avoir effectué sa propre enquête.

En assignant un seul des pétitionnaires sur des faits qui sont de notoriété publique au Japon, qui ont été évoqués dans des ouvrages ou articles de presse et jamais attaqués auparavant, la Fondation franco-japonaise Sasakawa se livre à une manœuvre d'intimidation qui vise à faire oublier la responsabilité du Japon comme initiateur d'une guerre d'agression et responsable de massacres de masse pendant la période 1931-1945.

La France n'oublie pas les crimes commis par les Japonais en Indochine, les crimes de guerre comme l'exécution de centaines de prisonniers de la garnison de Langson en mars 1945, ou les traitements inhumains infligés à des milliers d'Indochinois et de Français, notamment dans les camps de Hoah Binh  au Tonkin  ou de Pakson au Laos, homologués après la guerre comme camps de concentration, avec une douzaine d'autres centres de torture[2].

La France n'oublie pas non plus les millions de victimes des armées japonaises en Chine, en Corée et dans toute l'étendue de la prétendue « sphère de co-prospérité asiatique », en particulier les civils horriblement massacrés à Nankin en 1937.

Après la capitulation du Japon, seule une partie des « criminels de guerre de classe A » (accusés de « crimes contre la paix » pour leur action continue en faveur d'une guerre d'agression),   ont été jugés dans le cadre du procès de Tokyo. Président d'une milice d'extrême-droite qui soutint activement la politique d'expansion en Asie dans les années 1930, admirateur de Mussolini, Ryoichi Sasakawa était devenu un député belliciste de 1942 à 1945, enrichi dans le pillage économique de la Chine. Il fait partie de ces  criminels de guerre de classe A  qui ont été relâchés en 1948 sans avoir été jugés, dans le contexte de la guerre froide, en raison du nouveau cours pris par la politique américaine en Asie, dont ils sont devenus ensuite des partisans actifs.

Dans les années 1950 et 1960, Sasakawa est ainsi un des dirigeants d'une organisation d'extrême-droite liée aux yakuza et un des fondateurs de la Ligue anti-communiste des peuples d'Asie. Jamais il ne renie ses convictions nationalistes d'avant-guerre. Bien plus,  il participe au courant révisionniste japonais en réclamant notamment publiquement  en 1964 une « juste sépulture » pour les Japonais exécutés après guerre aux Philippines comme criminels de guerre, dont le responsable de la tristement célèbre « Marche de la mort » de Bataan.

Au Japon, le souvenir et la réputation de Ryoichi Sasakawa sont si bien établis qu'en 1995, les autorités japonaises ont exigé que son nom soit retiré de la Fondation à but philanthropique qu'il a créée. Au Japon, celle-ci ne s'appelle donc plus « Fondation Sasakawa », mais  « Nippon Zaidan » (Fondation nippone).  En France, le nom de Sasakawa est presque inconnu. Pourtant, lorsque la Fondation qui porte son nom a demandé à être reconnue d'utilité publique, le décret d'utilité publique lui a donné pour nom « Fondation franco-japonaise, dite Sasakawa ». Ce « dite » marquait les réserves du gouvernement à l'égard du fondateur, mais la Fondation ne l'a pas repris dans ses documents officiels.

La Fondation mène des activités culturelles et de mécénat mais elle veille aussi étroitement sur la mémoire de son fondateur. Le premier motif de l'assignation portée à l'encontre de Karoline Postel-Vinay est en effet d'avoir écrit que « la Fondation franco-japonaise Sasakawa porte le nom d'un criminel de rang A, Ryoichi Sasakawa ».

L'enjeu de ce procès est grave, et il n'est pas que français. Volontairement ou non, la Fondation franco-japonaise Sasakawa tente de limiter la liberté d'expression sur les crimes de guerre commis par le régime japonais des années 1931-1945. Le précédent que créerait une décision de justice lui donnant raison aurait des répercussions dans le monde entier. Il ferait aussi peser une menace directe sur les recherches scientifiques relatives à l'extrême droite au Japon. De nombreux chercheurs, français, américains et japonais ont exprimé leur soutien à Karoline Postel-Vinay.

En 1995, le ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre a inauguré une plaque commémorative, dans le Jardin des Tuileries, à la mémoire des combattants des forces armées françaises et de la Résistance d'Indochine.

En 2005, la Fondation de la Résistance a protesté auprès de l'Ambassade du Japon à Paris, contre la visite rendue par le Premier ministre japonais au mémorial de Yasukuni où sont déposées les cendres de quatorze criminels de classe A, c'est-à-dire responsables de l'agression japonaise et des crimes qui lui sont liés. Aujourd'hui, face au risque de voir réhabilitée une politique concertée d'agression et de crimes de guerre, la Fondation de la Résistance renouvelle solennellement sa protestation.

 

 

 

[1] Procès le 28 juin 2010 devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

[2] Arrêté du 22 janvier 1951 du Ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre..