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Palmarès du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire 2021-2022

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Le Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire 2021-2022.

Pour l’année scolaire 2021-2022, quarante-sept photographies ont été adressées au jury du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de mémoire qui a décerné trois prix et trois mentions à l’occasion de cette vingt-quatrième édition.

Le Concours de la meilleure photographie d’un lieu de mémoire a été lancé en 1998 par la Fondation de la Résistance dans le sillage du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) dont le thème d’alors invitait les élèves à rechercher l’histoire des lieux de Mémoire(1). L’idée initiale était de permettre aux candidats du CNRD de valoriser leurs productions photographiques prises dans ce cadre. Depuis, ce concours, le seul du genre, offre aux élèves la possibilité de photographier des lieux de mémoire, situés en France ou à l’étranger, relatifs à la Résistance intérieure et extérieure, à l’internement et à la Déportation. Par la maîtrise de la photographie et la rédaction d’un court texte expliquant leur démarche, les candidats expriment leur sensibilité à l’égard des aspects artistiques et architecturaux des lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Son jury est composé d’iconographes, d’historiens, de conservateurs de musées et de représentants d’institutions et d’associations de mémoire et d’histoire.
En vingt-quatre ans, ce concours, véritable formation à l’éducation à l’image, a permis à plus de 800 collégiens, lycéens et apprentis de montrer les liens tangibles qui les unissent à cette « mémoire de pierre », héritage légué bien souvent par des résistants et des déportés, et les leçons civiques qu’ils en tirent. Un certain nombre de travaux sont accompagnés de textes à résonance littéraires comme des poèmes (2) traduisant l’émotion ressentie par les élèves en ces lieux.
Pour la session 2021-2022 du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire, les Fondations de la Résistance, pour la Mémoire de la Déportation et Charles de Gaulle ont reçu 47 photographies qui ont été soumises au jury le mercredi 25 janvier dernier. Néanmoins, le jury a été contraint d’écarter un travail non conforme au règlement (absence d’envoi de tirage papier par voie postale). Au final, le jury s’est donc penché sur 46 travaux photographiques présentés par autant de candidats (3).
Cette année, les membres du jury ont examiné une majorité de clichés pris au camp d’internement de Gurs et au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (4) dans le cadre de projets pédagogiques sur la Seconde Guerre mondiale, preuve que ce concours est investi par la communauté éducative dans des projets ambitieux pour faire découvrir la période de manière différente à des élèves d’horizons variés. Au terme de nombreux échanges entre les membres du jury, le palmarès du concours 2021-2022 a été proclamé.
Conscient de l’intérêt pédagogique et des leçons civiques que peuvent en tirer les élèves, le jury multiplie les actions pour promouvoir activement ce concours. La direction de la Mémoire, de la Culture et des Archives (DMCA-ministère des Armées) et de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) ont largement diffusé les informations invitant les enseignants du secondaire à y participer notamment via leurs sites internet et leurs réseaux sociaux.

Frantz Malassis

Chef du département documentation et publications à la Fondation de la Résistance

(1) Le thème du CNRD 1998-1999 était : « Des plaques, des stèles, des monuments évoquent le souvenir des actions de résistance et la mémoire des victimes des persécutions et des répressions de la période 1940 à 1945. Recherchez et commentez l’histoire de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants ».
(2) En 2021-2022, dix-sept candidats ont accompagné leurs travaux de poèmes et trois autres de lettres fictives, soit au total 43% des travaux examinés.
(3) Le jury a examiné 46 photographies issues de 12 établissements scolaires (quatre lycées d’enseignement général, un lycée professionnel et sept collèges). On comptait parmi eux 25 collégiens et 21 lycéens. Soulignons cette année encore une forte participation féminine à ce concours avec 35 candidates représentant plus de 76 % des participants. Sur les 46 photographies examinées, 44 ont été prises dans sept départements français et deux à l’étranger.
(4) Cumulés, ils représentent 69,5% travaux examinés par le jury.

Les lieux de mémoire photographiés en 2021-2022

Sur l’ensemble des 46 photographies examinées cette année, 44 (soit 95,7%) ont été prises dans 7 départements français et 2 à l’étranger (soit 4,3 %).

En France :

  • Bouches-du-Rhône : le site-mémorial du camp des Milles (2).
  • Gard : le bas-relief à la mémoire des résistants du Gard déportés ou victimes de la répression à Nîmes (1).
  • Gironde : stèle de Pichey du camp d’internement de Beaudésert à Mérignac (1).
  • Isère : la chapelle et les ruines du hameau de Valchevrière dans le Vercors (2), la nécropole de Saint-Nizier-du-Moucherotte (1), la nécropole du Pas de l’Aiguille (4).
  • Pyrénées-Atlantiques : le camp d’internement de Gurs (17).
  • Bas-Rhin : le camp de concentration de Natzweiler-Struthof (15).
  • Sarthe : le pont Gambetta au Mans (1).

À l'étranger :

  • Allemagne : le camp de Buchenwald (1).
  • Pologne : le camp d’Auschwitz-Birkenau (1).

Les chiffres entre parenthèses correspondent au nombre de photographies pour le lieu concerné.


Photo Sloane GUILLE

Le premier prix a été décerné à Sloane GUILLE, élève de première de baccalauréat photographie au lycée des métiers Molière à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) pour son cliché pris au cimetière du camp d’internement de Gurs (Pyrénées-Atlantiques).

Cette photographie était accompagnée de réflexions sur ce lieu d’internement.

« Comment un endroit avec si peu de vie peut faire ressentir autant de sentiments. La question n’est pas comment, mais pour qui sont-ils morts. Ce cimetière dégageant cette aura si puissante, réveille en moi ce soupçon de ne pas en savoir assez sur leurs histoires. Cette photo me tient à cœur car elle ne représente pas seulement des tombes mortes. Il y a cet arbre plein de vie, et ce bout de mémorial, montrer qu’on ne les a pas oubliés, qu’ils sont là enterrés. Tout ce qu’ils ont traversé, ils nous le font éprouver. Avec mes pensées, mélancoliques et attristées, je vous montre la photo qui, de droite à gauche, montre la vie, la mort et la mémoire. »


Photo Inès KAÏDI

Le deuxième prix est revenu à Inès KAÏDI, élève de troisième au collège Louis Pasteur de Villemomble (Seine-Saint-Denis) pour sa photographie de la « lanterne des morts » prise lors d’une visite du camp au camp du Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) en avril 2022.

Cette candidate a joint à sa création un poème traduisant son émotion dans ce camp de concentration.

« J’ai visité le lundi 4 avril dernier le camp du Natzweiler-Struthof. Avant d’y rentrer, j’ai aperçu cette lanterne qu’on appelait la " Lanterne des morts". J’ai appris qu’elle était allumée jour et nuit en souvenir des déportés morts et incinérés dans le camp, et que notamment les SS répandaient les cendres des déportés sur leurs potagers… »

Cette lumière du souvenir, de la mémoire est aussi une lumière d’espoir pour que cela ne recommence jamais.
Lanterne des morts qui nous rappelle ces personnes assassinées
Ces humains innocents humiliés, déportés
Dans ce camp, ils ont été rabaissés, tabassés, insultés, tués...
Dans ce camp du Struthof, ces hommes ont été envahis 
Envahis de peurs et de souffrances
En gardant au fond d’eux l’espérance
Ces hommes jadis étaient seulement des hommes heureux
Des hommes qui ne voulaient pas laisser leurs familles derrière eux
Ces hommes qui se sont battus pour nous sans regarder derrière eux
Ces hommes-là maintenant sont des souvenirs gravés dans notre mémoire
Des souvenirs qui nous aident à nous remémorer ce que nos ancêtres ont vécu


Photo Ornella MAHMOUD

Le troisième prix a été attribué à Ornella MAHMOUD, élève de Troisième au collège Louis Pasteur de Villemomble (Seine-Saint-Denis) pour sa vue de l’entrée du camp de concentration du Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin).

En plus, d’une explication historique, cette candidate a composé un poème illustrant de façon sensible son rapport à l’histoire, source de leçons civiques.

« Le lundi 4 avril dans l’après-midi, j’ai visité le camp de concentration du Naztweiler-Struthof. Pendant un certain temps nous avons attendu devant l’entrée du camp. Même si je sais qu’il ne s’agit pas de la porte originelle du camp, j’ai choisi cette photo car pour moi elle symbolise le début de l’horreur et de l’enfer pour tous ses hommes et femmes internés dans les camps nazis. Elle symbolise aussi l’aboutissement de l’idéologie nazie dans la création de lieu où ils voulaient retirer à tous ses hommes et femmes leur humanité. A elle seule, cette porte symbolise l’enfermement de la société par les nazis, la disparition des libertés, mais elle ne doit pas nous faire oublier que derrière cette porte et ces barbelés, il y avait aussi de la fraternité et de la solidarité entre les internés. »

Devant cette porte, les déportés ressentaient cette méfiance 
Qui renfermait leurs prochaines souffrances
Cette porte devenait alors l’entrée du camp mais surtout de l’enfer
Il fallait alors se soutenir comme de véritables frères 
Non pas de sang mais de cœur 
Il fallait se soutenir malgré la douleur 
Les nazis voulaient leur retirer leur humanité et leur identité
Et pourtant à jamais ces hommes continuent d’exister
Dans ma mémoire aucun ne disparaît 
Une flamme du souvenir apparaît 
Une flamme de résistance de mémoire et de reconnaissance 
Qui aujourd’hui fait battre mon cœur avec aisance 
Nous nous devons de continuer de nous battre pour la démocratie et la liberté 
Nos aïeux ne doivent pas être morts pour qu’elles disparaissent
Il faut qu’elles brillent pour l’éternité 
Je rends hommage à ces hommes et femmes qui au prix de leur vie 
Nous permettent de vivre dans une démocratie 
Alors devant cette porte je baisse ma tête 
Non pas par défaite 
Mais par déférence envers eux 
Envers Ceux qui nous ont permis de vivre ensemble et heureux

Trois mentions spéciales du jury ont été décernées à :


Photo DOS SANTOS COUDRAULT

Elisa DOS SANTOS COUDRAULT, élève de troisième au collège Louis Pasteur de Villemomble (Seine-Saint-Denis) pour sa photographie prise au camp du Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin).

Voici son commentaire personnel :

« Lors de ma visite du camp de concentration du Struthof le 4 avril 2022, avec mes camarades et mes professeurs, j’ai été très impressionnée par la porte d’entrée du camp, même si on nous a expliqué que ce n’était pas la porte d’origine. J’ai fait cette photographie car cette porte marquait le point de non-retour des déportés et des internés. Quand ils passaient cette porte c’était le début de l’Horreur. C’est un grand symbole et une métaphore de la porte des " enfers". »

La double enceinte de barbelés
Qui faisait de vous des prisonniers
Pour vous infliger des horreurs à vous déportés
Que même un animal ne pourrait supporter

Ne parlons pas des expériences menées
À cause de cette idéologie nazie
Que certains illuminés aimaient expérimenter
D’après eux pour le bien de l’humanité

Vous qui viviez dans la terreur
Sous les coups de vos tueurs
Jusqu’au jour où l’on vous prendrait la vie

Dans la nuit et le brouillard
Qui visait à vous mettre dans des mouroirs
Sans un au revoir à vos famille et amis


Photo Annabelle BERTHOLET

Annabelle BERTHOLET, élève en classe de troisième au collège Marcel Cuynat à Monestier de Clermont (Isère) pour sa prise de vue de la Nécropole du Pas de l’Aiguille (Isère) intitulée « La lumière jaillit des ténèbres ».

Cette candidate nous a livré un commentaire présentant notamment sa démarche artistique.

« Une nécropole sur les lieux de la bataille entre les Résistants du Vercors, et l’armée Allemande. Il faut marcher longtemps pour arriver au monument, emprunter le même chemin que celui des résistants français dont beaucoup ont péri en ce mois de juillet 1944. Tantôt les pierres roulent sous nos pieds, tantôt les pierres tombent dans le ravin. Une fois en haut, c’est un lieu presque magique. Face au Mont Aiguille, le monument s’élève, et s’intègre à la nature préservée des hommes. Ce monument rend hommage à ces hommes qui se sont battus dans l’espoir de libérer la France d’un régime totalitaire. Je vois dans cette Nécropole un symbole de cet espoir de liberté et non uniquement de mort.  C’est pourquoi j’ai eu envie d’une part, de mieux faire ressortir l’intégration parfaite du monument dans le paysage, et d’autre part, de le mettre en lumière grâce au lever de soleil (espoir). Après avoir essayé plusieurs logiciels de montage photographie, j’ai choisi d’utiliser LightX pour réaliser mes retouches et mon montage (superposition de deux images). La photographie de la Nécropole a été prise à l’aide d’un appareil photo (Canon SX20IS) et l’autre image (avec le soleil, les arbres et la croix) a été prise avec mon téléphone portable, un Iphone 6. Les deux clichés ont été pris le même jour au même endroit. »


Photo Izza BENZEGHIBA

Izza BENZEGHIBA, élève de Terminale au lycée de l’Empéri à Salon de Provence (Bouches-du-Rhône) pour sa composition ayant pour titre « De l’autre côté ».

Cette candidate a fourni des éléments de compréhension sur sa démarche créatrice.

« Cette photographie, imprimée sur papier glacé au format 10x15 s’intitule " De l’autre côté". Elle a été réalisée sur le Site-Mémorial du camp des Milles, un camp d’internement et de déportation ouvert en 1939 au sein d’une tuilerie à Aix-en-Provence qui vit passer plus de 10 000 internés. Entre août et septembre 1942 plus de 2 000 hommes, femmes et enfants, victimes du régime de Vichy, en furent déportés vers les camps de Rivesaltes et Drancy. Cette fenêtre, objet central de la photographie se situe au second étage du mémorial, c’est par celle-ci que des femmes, leur bébé dans les bras, préférant mourir dans l’instant plutôt que dans un wagon, sautèrent dans un dernier geste d’amour pour écourter leur souffrance et celle de leur enfant. Ces pauvres êtres faméliques ne souhaitaient que s’extraire de cet enfer terrestre. Frappée par le froid glacial du lieu, j’imaginais les conditions d’existence atroces de ces pauvres gens, vêtus de haillons du printemps à l’hiver. La lumière derrière ces murs incarne la liberté et la légèreté de la vie dont rêvaient ces femmes en se suicidant ; s’opposant à la lourdeur qui les entoure, à la répression qui les étouffe symbolisée par le cadre sombre autour de la fenêtre. Les grilles couvrant la fenêtre sonnent comme un avertissement ; comme une séparation entre l’horreur du passé symbolisée par l’ombre au premier plan et l’avenir de l’humanité illustrée par le cadre clair. Comparable à un tableau, cette fenêtre a priori banale prend du sens dès lors que l’on s’intéresse à son histoire. En cela le travail d’histoire et la visite des lieux de mémoire sont primordiaux pour donner du sens aux événements et ne pas reproduire les mêmes erreurs. La photographie " De l’autre côté" symbolise le dernier saut d’amour de ces mamans et s’érige en hommage à ces femmes, hommes et enfants morts pour fuir la tragédie de l’histoire. »