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Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire

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Palmarès du Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire 2018-2019.

En 2019, 105 photographies ont été adressées au jury du Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire qui au terme d'un examen attentif a décerné trois prix et deux mentions à l'occasion de cette vingt-et-unième édition.

Ce concours a été lancé en 1998 par la Fondation de la Résistance dans le sillage du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) dont le thème d'alors invitait les élèves à rechercher l'histoire des lieux de Mémoire(1). L'idée initiale était de permettre aux candidats du CNRD de valoriser leurs productions photographiques prises dans ce cadre. Depuis, ce concours, le seul du genre, offre aux élèves la possibilité de photographier des lieux de mémoire relatif à la Résistance intérieure et extérieure, à l'internement et à la Déportation situés en France ou à l'étranger... Par la maîtrise de la technique photographique et la rédaction d'un court texte expliquant leur démarche, les candidats expriment leur sensibilité à l'égard des aspects artistiques et architecturaux des lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Son jury est composé d'iconographes, d'historiens, de conservateurs de musées, de journalistes et de représentants d'institutions et d'associations de mémoire et d'histoire.

En vingt et un ans, ce concours a permis à plus de 750 collégiens, lycéens et apprentis de montrer les liens tangibles qui les unissent à cette " mémoire de pierre " et l'imaginaire qu'ils y projettent. Un grand nombre de travaux sont souvent accompagnés de textes inspirés traduisant l'émotion des élèves face aux lieux qu'ils découvrent(2).

Pour la session 2018-2019 du Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire, les Fondations de la Résistance, pour la Mémoire de la Déportation et Charles de Gaulle ont reçu 105 photographies(3) qui ont été soumises au jury le mercredi 15 janvier dernier. Néanmoins, le jury a été contraint d'écarter dix-sept travaux non conformes au règlement (travaux collectifs, tirages imprimés sur papier normal, photographies de lieux de mémoire liés à la Première Guerre mondiale, envois arrivés après la date de clôture du concours…). Au final, le jury a donc examiné 88 travaux photographiques(4).

Au terme de nombreux échanges entre les membres du jury, le palmarès du concours 2018-2019 a été proclamé.

La qualité de certaines œuvres reçues incite le jury à promouvoir ce concours. à ce titre, il faut rappeler les soutiens précieux apportés par l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie (APHG) et la Direction des Patrimoines, de la Mémoire, et des Archives (DPMA-ministère des Armées), qui ont largement communiqué sur leurs différents sites en ligne et ont diffusé auprès des enseignants du secondaire les informations le concernant(5).

Frantz Malassis

(1) Le thème du CNRD 1998-1999 était : " Des plaques, des stèles, des monuments évoquent le souvenir des actions de résistance et la mémoire des victimes des persécutions et des répressions de la période 1940 à 1945. Recherchez et commentez l'histoire de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants ".

(2) Neuf candidats ont accompagné leurs travaux de poèmes.

(3) Le jury a reçu 105 photographies provenant de 103 candidats individuels et deux candidatures collectives non retenues issues de 14 établissements scolaires (deux lycées généraux, un centre de formation d'apprentis de l'industrie, un lycée professionnel, un lycée agricole, huit collèges et un lycée français à l'étranger). On comptait parmi eux 39 collégiens et 64 lycéens, dont 14 en BAC pro et 17 élèves en lycée agricole. Soulignons aussi cette année une forte participation féminine à ce concours avec 75 candidates représentant plus de 72 % des participants individuels. Sur les 105 photographies reçues, 33 ont été prises dans 9 départements français et 72 à l'étranger dont 31 à Auschwitz.

(4) Cette année, le jury a reçu 10 photomontages et 11 photographies d'œuvres d'art ou d'installations.

(5) Le règlement et la composition du jury de ce concours sont consultables sur le site de la Fondation de la Résistance grâce à ce lien : http://www.fondationresistance.org/pages/action_pedag/reglement_p.htm.

Les lieux de mémoire photographiés en 2018-2019

Sur l'ensemble des 105 photographies reçues cette année, 33 (soit 31,4%) ont été prises dans 9 départements français et 72 à l'étranger (soit 68,6%).

En France :

- Haute-Loire : le village du Chambon-sur-Lignon (1).

- Loiret : le musée du Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret à Orléans (3), l'ancienne gare de Pithiviers (5), la rue de l'ancien camp d'internement de Pithiviers (3), ferme de la Matelotte, Kommando du camp d'internement de Beaune-la-Rolande (1).

- Paris : le mémorial des martyrs de la Déportation (3).

- Pyrénées-Atlantiques : le camp d'internement de Gurs (10).

- Hautes-Pyrénées : le mémorial du corps franc Pommiès sur la commune de Castelnau-Magnoac (1).

- Bas-Rhin : le camp de concentration de Natzweiler-Struthof (1).

- Haut-Rhin : Linge, site de la Première Guerre mondiale (2).

- Rhône : le tata sénégalais de Chasselay officiellement appelée nécropole nationale de Chasselay (1).

- Haute-Vienne : le village martyr d'Oradour-sur-Glane (2).

A l'étranger :

- Allemagne : le camp de concentration de Buchenwald (6), le camp de concentration de Dachau (14), le camp de concentration de Dora-Mittelbau (4), le camp de concentration de Neuengamme (1).

- Pologne : le camp et le musée d'Auschwitz I (22), le camp d'Auschwitz-Birkenau (19), la place des héros du ghetto à Cracovie (1), le mur du cimetière Remuh à Cracovie (1), le ghetto de Cracovie (1), le camp de concentration de Płaszów à Cracovie (2).

- Pologne, République tchèque : un photomontage réalisé à partir de lieux de mémoire visités lors d'un voyage scolaire d'études dans ces deux pays (1).

Les chiffres entre parenthèses correspondent au nombre de photographies pour le lieu concerné.

Le premier prix a été décerné à Salomé CHANDIOUX, élève de troisième à la cité scolaire Le Mont Châtelet de Varzy (Nièvre) pour son cliché pris au Tata de Chasselay.

Cette candidate a accompagné sa création de réflexions que lui inspira ce lieu de mémoire et plus généralement sur son rapport à l'histoire, source de leçons civiques.

" J'ai choisi de présenter le Tata de Chasselay, cimetière militaire des tirailleurs sénégalais au nord de Lyon car il m'évoque l'idée de lutter contre le racisme et la haine. Ce cimetière militaire regroupe les dépouilles de 156 soldats issus d'un régiment de tirailleurs africains qui ont cherché à retarder l'entrée des troupes nazies dans la ville de Lyon, alors déclarée ville ouverte, le 19 juin 1940.

Ils ont été massacrés par les nazis, éduqués dans la haine de l'autre, en raison de leur couleur de peau, assimilés à des sauvages parfois écrasés par les chars des divisions nazies.

Sur la photographie, prise à l'intérieur du Tata, la couleur des cinq rangées de tombes contraste avec le bleu du ciel. L'angle du Tata et sa colonne jonchée de pics traversent le ciel.

J'ai choisi de capter cette photographie de façon inclinée, car pour moi, le racisme que m'évoque cet épisode forme une idéologie bancale, infondée, qui renie l'esprit humain. Le contraste du rouge du lieu avec le bleu du ciel, qui semble percé par les pics de la tour, m'évoque le sang des tirailleurs. Enfin, dans beaucoup de lieux de mémoire, on a tendance à se rendre vers la mémoire qu'ils représentent, alors qu'ici, la mémoire s'impose à nous, la mémoire du sacrifice de ces courageux tirailleurs, bien trop souvent oubliés, une mémoire que j'ai envie de faire vivre ici, un hommage légitime à tous ces morts pour la France. "

Le deuxième prix est revenu à Lomane LATAIX, élève de première au lycée Fénelon de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour sa création réalisée à partir de photographies prises au camp d'Auschwitz, en avril 2019, dans le cadre d'un voyage scolaire en Pologne.

Cette candidate a fourni des éléments de compréhension de sa démarche artistique guidant la réalisation de son photomontage.

" Me voici munie de mon appareil photo en voyage scolaire en Pologne dans le cadre des ambassadeurs de la mémoire.

Silence…Au fond de ma poitrine j'entends le grondement sourd de mes battements de cœur, j'entends l'écho des leurs. Ici, c'est leur vie qu'ils ont laissé. Ces millions de visages souriants, rêveurs, surpris ou amusée, ont perdu leurs émotions, ici. J'ai voulu représenter ces disparitions par ce photomontage aux aspects funestes. C'est un travail autour de deux photographies : une façade de portraits de la population juive avant le drame, puis une vue du camp de concentration impitoyable d'Auschwitz.

J'imagine, dans cet univers, que chacun prenne la place de la silhouette brumeuse au second plan pour mieux comprendre la scène, pour d'une certaine manière, leur rendre hommage. Ce vous-même que vous apportez est alors apte à comprendre leurs vies et garder en mémoire la terreur de ces femmes et hommes face à l'indicible. Vorsicht (prudence) annonce le panneau. Mais vous l'avez dépassé. L'innocent ne mérite pas d'être emprisonné par tous ces barbelés qui obscurcissent la scène. Les ombres du camp jetées sur ces êtres opprimés sont la représentation des souffrances injustes qui les ont accablés. Mais cette noirceur s'estompe au gré de la profondeur : la lumière de la raison triomphera.

Ainsi j'ai créé cette scène par estompage, détourage, jeu sur les contrastes et les transparences. Et si vous cherchez des couleurs, elles sont pâles car j'ai choisi de rester dans des teintes sépia afin de procurer une atmosphère favorable à la réflexion. Ces rares couleurs émanent des photos qui s'échappent en fumée vers le ciel, ce sont les gardiennes d'un espoir. Vous-même devenez gardien de cet espoir. "

Le troisième prix a été attribué à Jules GENTIL, élève de troisième au collège Louis Pasteur à Villemomble (Seine Saint Denis) pour son cliché pris lors d'une visite au camp de Buchenwald (Allemagne).

Cet élève a accompagné sa création d'un poème traduisant son émotion dans ce camp de concentration.

" Le 16 mars 2019, j'ai débuté ma visite du camp de Buchenwald, par la gare construite par les déportés. Il y avait un peu de brouillard et une pluie fine. J'ai été profondément touché car nous avions rencontré en novembre 2018 Bertrand Herz, déporté à 14 ans. C'est en ce lieu qu'il fut séparé avec son père de sa sœur et de sa maman, ne sachant pas qu'il ne reverrait jamais cette dernière. Sur la photo j'ai mis un filtre pour bien montrer le contraste entre les rails et le brouillard

Le long du quai

Un froid matin de mars dans un brouillard épais

Je me suis arrêté le long de cette voie

Plus aucun train pourtant ne s'arrêterait là

Plus aucune âme perdue ne foulerait ce quai.

Combien sont ceux qui ont fait là l'ultime arrêt?


Cette horrible question a provoqué l'effroi,

Dans ma tête, dans mon cœur au plus profond de moi.

Notre devoir alors est: n'oublier jamais.


Un froid matin de mars dans une épaisse brume,

Ces cruels souvenirs pèsent comme une enclume.

Vous resterez toujours gravés dans nos mémoires.


Bertrand Herz son histoire, son récit, son message

Nous ont bouleversés. Je veux lui rendre hommage et à tous les autres déportés et internés.

Restons justes et humains, faisons vivre l'espoir. "

Deux mentions spéciales du jury ont été décernées à :

Justine TAZé, élève de première au lycée Fénelon de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour sa photographie intitulée " Dernier regard ", réalisée dans le cadre d'un voyage d'études à Auschwitz en Pologne, en avril 2019.

Voici son texte d'accompagnement qui se conclue par un appel à la vigilance :

" J'ai choisi de photographier Auschwitz I, tout d'abord ancienne caserne puis devenue camp de concentration et camp d'extermination. Ce camp procure une réelle remise en question sur soi et sur l'humanité.

Ce cliché représente un focus sur un boulon de barbelé. Le passage dans Auschwitz I nous conduit directement des blocks des déportés à la chambre à gaz, tout droit vers la mort. En effet, réaliser le même parcours que les déportés, nous permet d'éprouver les sentiments et sensations qu'ils ont vécus jusqu'à leur dernier soupir. C'est pourquoi le boulon de barbelé constitue ici le dernier souvenir, le dernier regard du déporté qui, peu à peu, comprend que son destin sera tragique.

Nous pouvons aussi penser que le boulon représente une poignée de porte, la porte de la mort et de l'enfermement. En effet, l'enfermement est omniprésent dans cette photographie, il se traduit par deux rangées de barbelés impressionnantes et froides.

De plus, les lignes de barbelés convergent vers un mur à l'allure imposante, aucune issue n'est donc possible. Dans cette partie floutée le block symbolise et renforce la dureté des conditions d'emprisonnement.

Ce passage représente, à travers le dernier regard du déporté, la frontière entre la vie et la mort, entre la concentration et l'extermination.

Le contraste du noir et du blanc accentue l'horreur et la pensée de ces déportés. Ils n'étaient plus personne, ils n'étaient plus rien. Les déportés transitaient incessamment par le passage ce qui constituait un flux monotone et régulier, sans retour. Chaque main posée sur ce poteau, chaque regard en arrière nous évoque la peur, la cruauté, l'injustice, l'impuissance et la tragédie que chaque personne a subie.

Ce ne sont pas des nuisibles mais réellement des hommes, des femmes et des enfants qui ont péris dans ce tourment infernal.

Que la mémoire ne s'estompe jamais. "

Valentine ROUSSEL, élève de première baccalauréat photographie au lycée des métiers Molière à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) pour son cliché intitulé " La nature détruit " pris au camp de Gurs.

Voici son commentaire personnel :

" Nous étions là. Nous avons vécu. L'horreur. Ils ont tenté de nous détruire, une seconde fois. Ils souhaitaient oublier ce qui a pu se passer sur cette terre en détruisant le passé. Détruire cette histoire qui est nôtre. La nature qui a grandi autour de nous, par force. Elle aurait pris place parmi notre histoire à un moment du temps, mais pas de cette manière. Cette forêt a tout dévasté, elle a été créée pour oublier. Pour nous oublier. Cette tombe est le seul souvenir de nous que nous vous avons laissé. La nature qui l'entoure et qui l'efface petit à petit montre bien l'histoire de ce camp.

La destruction, puis l'oubli, ainsi que la reconstruction de notre histoire. "