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Portraits de la Résistance, Guy Moquet, Lucie Aubrac et bien d'autres

Portraits

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Emmanuel D'ASTIER DE LA VIGERIE
(mouvement "Libération-Sud")
1900-1969
Emmanuel d'Astier de la Vigerie au sortir des années noires
(Photographie extraite de © Douzou (Laurent), La désobéissance. Histoire du mouvement Libération-Sud, coll. Jérôme d'Astier, DR)
Emmanuel d'Astier de la Vigerie au sortir des années noires
(Photographie extraite de © Douzou (Laurent), La désobéissance. Histoire du mouvement Libération-Sud, coll. Jérôme d'Astier, DR)


Grande figure de la Résistance, fondateur en 1941 du journal clandestin Libération, puis responsable du mouvement de résistance " Libération-Sud ", doté d'une forte personnalité, Emmanuel d'Astier de la Vigerie a connu avant 1939 un parcours atypique

Il est né le 6 janvier 1900 dans une vieille famille aristocratique, dont d'autres membres s'engageront également dans la résistance (ses frères François et Henri ainsi que sa nièce Bertrande). Elève de l'Ecole Navale, mais peu fait pour la vie militaire, Emmanuel d'Astier devient journaliste dans les années 1930 et fréquente les milieux littéraires.

Mobilisé à la déclaration de guerre de 1939, il est d'abord affecté au centre de renseignements maritimes de Lorient, puis au 5° Bureau de l'armée en juin 1940, enfin il est démobilisé après la défaite, en juillet 1940.

N'acceptant pas la défaite et refusant l'armistice, Emmanuel d'Astier tente à plusieurs reprises, au cours de l'été et de l'automne 1940, de réunir un noyau de quelques personnes décidées comme lui à " faire quelque chose ". Il contacte d'abord un certain nombre de personnalités, parmi lesquelles André Malraux et Joseph Kessel, sans succès. Il poursuit sans se décourager sa recherche de bonnes volontés et crée à Cannes puis à Clermont-Ferrand un petit groupe qu'il appelle la " Dernière Colonne ". Ce premier noyau, auquel participent Lucie et Raymond Aubrac, ainsi que le philosophe Jean Cavaillès, se lance dans des actions de contre-propagande en placardant dans quelques villes du Sud de la France (Lyon, Clermont-Ferrand, Vichy, Nice, Marseille, Nîmes) des affiches anti-collaborationnistes. " La Dernière Colonne ", encore inexpérimentée, ne survit pas à cette première action d'envergure ; en février 1941, des colleurs d'affiche sont arrêtés, puis la propre nièce d'Emmanuel d'Astier, Bertrande, et le groupe doit se disperser. Poursuivi en justice, Emmanuel d'Astier entre dans la clandestinité.

Il décide alors, avec le même noyau de résistants, de fonder un périodique clandestin, Libération, dont le premier numéro sort en juillet 1941. Le journal devient l'organe du grand mouvement de résistance " Libération-Sud " [ainsi nommé pour le distinguer du mouvement de zone Nord, " Libération-Nord "] dont le recrutement s'élargit rapidement aux milieux syndicalistes et socialistes de la zone Sud. Emmanuel d'Astier prend alors contact avec les dirigeants d'autres mouvements de la zone Sud, Henri Frenay et François de Menthon, dans la perspective d'un rapprochement. Toutefois, à l'automne 1941, si le militaire Henri Frenay et le démocrate-chrétien François de Menthon parviennent à créer le mouvement " Combat ", d'Astier préfère conserver l'autonomie de " Libération-Sud".

Parallèlement, il rencontre des responsables de la France Libre envoyés en mission en France, Yvon Morandat et Jean Moulin. Il part lui-même à Londres en mai 1942 et s'entretient avec le général de Gaulle, qui le charge d'une mission aux Etats-Unis, celle d'obtenir la reconnaissance de la France Libre auprès de Roosevelt. De retour en France à l'été 1942, Emmanuel d'Astier revoie à nouveau Henri Frenay, ainsi que Jean-Pierre Lévy fondateur du mouvement " Franc-Tireur " ; les trois grands mouvements de la zone Sud se regroupent en janvier 1943 au sein des Mouvements Unis de la Résistance (MUR)*. Emmanuel d'Astier est alors chargé des affaires politiques du Comité directeur des MUR. Entre-temps il effectue plusieurs voyages à Londres, il est finalement nommé en novembre 1943 par de Gaulle commissaire à l'Intérieur au CFLN*. Il oeuvre aussi auprès de Churchill pour l'armement des groupes de Résistance et des maquis par les armées alliées. A la Libération, Emmanuel d'Astier s'engage en politique et est élu député communiste jusqu'en 1958. Il rédige et publie quelques livres de souvenirs, dont les plus connus sont Sept fois sept jours et Les Dieux et les hommes. Emmanuel d'Astier meurt à Paris en 1969.

Bibliographie

DOUZOU (Laurent), La désobéissance. Histoire d'un mouvement et d'un journal clandestins. Libération-Sud (1940-1944), Paris, Odile Jacob, 1995, 480 pages.
DOUZOU (Laurent), Notes de prison de Bertrande d'Astier de la Vigerie (15 mars - 4 avril 1941), Edition établie et présentée par Laurent Douzou, Les Cahiers de l'IHTP, n° 25, Octobre 1993.
DOUZOU (Laurent), Souvenirs inédits d'Yvon Morandat, Edition établie et présentée par Laurent Douzou, Les Cahiers de l'IHTP, n° 29, Septembre 1994.
ASTIER DE LA VIGERIE (Emmanuel d'), Sept fois sept jours, Paris, Gallimard, 1961.
ASTIER DE LA VIGERIE (Emmanuel d'), Les dieux et les hommes. 1943-1944, Paris, Julliard, 1952, 188 pages.
KEDWARD (H. R.), Naissance de la Résistance dans la France de Vichy : idées et motivations, 1940-1942, Seyssel, Champ Vallon, 1989, 350 pages.


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