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Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mémoire

Tous les palmarès

Palmars du Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mmoire 2015-2016.

En 2016, 45 photographies ont t adresses au jury du Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mmoire qui au terme d'un examen attentif a dcern trois prix et deux mentions l'occasion de cette dix-huitime dition.

En 1998, le Concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mmoire est n du constat que de nombreux candidats du Concours national de la Rsistance et de la Dportation taient amens prendre des photographies de lieux de Mmoire lors de visites prparatoires sans qu'elles soient systmatiquement valorises dans ce cadre.

L'ide de ce concours tait donc d'offrir aux lves la possibilit d'exprimer leur sensibilit aux aspects artistiques et architecturaux des lieux de Mmoire relatifs la Rsistance intrieure et extrieure, l'internement et la Dportation situs en France ou l'tranger au travers de la technique photographique.

Depuis lors, les Fondations de la Rsistance, pour la Mmoire de la Dportation et Charles de Gaulle organisent chaque anne, aprs les rsultats du Concours national de la Rsistance et de la Dportation, le concours de la meilleure photographie d'un lieu de Mmoire.

Runi le jeudi 3 novembre dernier au 30, boulevard des Invalides (Paris VIIe), le jury de cette dix-huitime dition avait choisir entre 45 photographies prsentes par 41 candidats (1).

Cette anne, encore, le jury a d carter un certain nombre de travaux qui n'taient pas conformes au rglement. Ainsi, deux candidats ont prsent plus d'une photographie ce qui est contraire l'article 4 du rglement. Au final, le jury a donc examin 41 photographies.

Au terme d'un examen minutieux des ralisations et de nombreux changes entre les membres du jury (2), le palmars du concours 2015-2016 a t proclam. Le jury a soulign que la qualit artistique des uvres reues ne peut qu'inciter promouvoir plus largement ce concours. ce titre, il faut rappeler le soutien prcieux apport par l'Association des professeurs d'Histoire Gographie (APHG), qui par le biais de sa revue Historiens et Gographes, a diffus auprs des enseignants du secondaire les informations concernant ce concours.

Frantz Malassis

(1) On comptait parmi eux 18 collgiens et 23 lycens (29 filles et 12 garons) issus de 15 tablissements scolaires (5 lyces gnraux, 3 lyces polyvalents, 1 lyce des mtiers et 6 collges). Les 13 dpartements d'origine des travaux dont on a fait figurer entre parenthses le nombre de candidats pour chacun d'entre eux sont: les Alpes de Haute-Provence (1), les Bouches-du-Rhne (3), la Drme (11), les Landes (13), le Loiret (2), la Lozre (1), le Maine-et Loire (1), les Hautes Pyrnes (1), la Sane-et-Loire (2), les Yvelines (1), la Somme (1), le Tarn (3), le Val d'Oise (1).

(2) Les membres de ce jury sont : Aleth Briat, de l'Association des professeurs d'Histoire Gographie (APHG); Christine Levisse-Touz, directeur du muse du gnral Leclerc de Hauteclocque et de la libration de Paris - muse Jean Moulin; Hlne Pradas Billaud, chef du bureau des actions pdagogiques et de l'information la Direction de la Mmoire, du Patrimoine et des Archives ( ministre de la Dfense); Serge Chupin, de l'Association des Amis de la Fondation pour la Mmoire de la Dportation ; Yves Lescure, directeur gnral de la Fondation pour la Mmoire de la Dportation; Frantz Malassis, chef du dpartement documentation et publications la Fondation de la Rsistance; Jacques Moalic, rsistant-dport; Jean Novosseloff, prsident de Mmoire et Espoirs de la Rsistance; Jacques Ostier, conseiller en illustration; un membre du conseil d'administration de la Fondation Charles de Gaulle; Vladimir Trouplin, conservateur du muse de l'Ordre de la Libration et le laurat du concours prcdent.

Les lieux de mmoire photographis en 2015-2016

Sur l'ensemble des 45 photographies prsentes cette anne, 30 (soit 66,6%) ont t prises dans 11 dpartements franais et 15 l'tranger (soit 33,3 %).

En France:

- Ain : la maison d'Izieu (1).

- Bouches-du-Rhne: le camp des Milles (4), le mmorial Jean Moulin de Salon-de-Provence (1).

- Drme: la ncropole de Vassieux-en-Vercors (6), un paysage de Vassieux-en-Vercors (1), une plaque en hommage 7 patriotes fusills par les Allemands le 19 mars 1944 Saint-Pons (1), le monument aux martyrs de Saint-Pons fusills par les Allemands le 19 mars 1944 Condorcet (1), monument au mort de Taulignan avec une plaque en hommage "aux victimes du massacre du 12 juin 1944 et aux martyrs de la Rsistance" (1).

- Loiret: Centre d'tudes et de recherches sur les camps d'internement du Loiret/muse-mmorial des enfants du Vel d'Hiv Orlans (2)

- Haute-Marne : croix de Lorraine du mmorial Charles de Gaulle Colombey-les-Deux-glises (1).

- Hautes Pyrnes : le monument aux morts de Campan (1).

- Pyrnes Orientales : le camp d'internement de Rivesaltes (1).

- Rhne : le mmorial national de la prison de Montluc (4 dont 3 hors concours).

- Tarn : le pont neuf de la ville d'Albi (1), le camp d'internement de Brens (1).

- Vaucluse : le mur des fusills Valras (1).

- Hauts-de-Seine : la clairire des fusills au Mont-Valrien (1), la chapelle et le monument du Mont-Valrien (1).

l'tranger:

- Allemagne: le camp de Ravensbrck (1), muse juif de Berlin (3), Stolpersteine* sur un trottoir de Berlin (1), monument aux 500000 Tziganes dports Berlin (1)

- Pologne: le camp et le muse d'Auschwitz I (2), le camp d'Auschwitz-Birkenau (5), l'usine d'Oskar Schinler Cracovie (1).

- Rpublique Tchque: vieux cimetire juif Prague (1).

Les chiffres entre parenthses correspondent au nombre de photographies pour le lieu concern.

* Stolpersteine (pluriel du mot allemandstolpersteinque l'on peut traduire littralement parpierres d'achoppement,pierres sur lesquelles on peut trbucher): cration de l'artiste berlinois Gunter Demnig (n en 1947). Ce sont de petits cubes de bton ou de mtal de10cmde ct enfoncs dans le sol dont seule la partie suprieure, affleure. Celle-ci, recouverte d'une plaque en laiton, honore la mmoire d'une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mmoire d'une personne dporte, puis assassine dans uncamp de concentrationou dans uncamp de la mortparce qu'elle taitjuive, rom, sint, communiste,membre de laRsistance,homosexuelle,tmoin de Jhovah,chrtienne en opposition au rgime naziou handicape. Encastres dans le trottoir devant le dernier domicile des victimes, plusieurs milliers deStolpersteineont ainsi t poses depuis 1993, principalement en Allemagne mais aussi dans d'autres pays europens.
Source: Wikipdia

Le premier prix a t dcern Tatiana MEVELLEC, lve de premire scientifique au lyce Bernard Palissy de Gien (Loiret) pour son clich intitul "Le cri des morts" reprsentant une uvre de Menashe Kadishman, Faellen Leaves, prsente au muse juif de Berlin.

En plus, de l'explication de ce lieu de mmoire si singulier, ce candidat a accompagn sa cration de rflexions que lui inspira ce lieu.

"Le muse Juif de Berlin renferme des uvres poignantes. Entre les galeries du muse, il y a des espaces remplis de "rien" qui sont, pour la plupart, impntrables.

L'un de ces vides est accessible ; on dcouvre une salle, immense, trs haute et assez troite. Lorsqu'on y arrive, on ne voit pas de dlimitation nette. Comme les juifs qui ne voyaient pas le bout de la cruaut humaine. La salle est peut-tre haute pour tre au plus prs du Ciel, qui a recueilli des mes perdues et vers lequel on pouvait encore se tourner pour demander un peu d'espoir. La salle est constitue de trois murs, plus froids les uns que les autres, tels des blocs simplement poss les uns sur les autres. Ce ct brut rappelle les brutalits de la guerre.

Mais la relle particularit de cette salle, de ce vide, est le sol, tapiss de pavs d'acier de forme circulaire. La souffrance de tout un peuple a t reprsente par la cration de 10 000 visages d'acier dont les traits simplifis l'extrme voquent la tristesse ou la douleur ; dots de 3 trous chacun, deux pour les yeux, et un pour la bouche. Toutes ces bouches pourtant grandes ouvertes, ne laissent paratre aucun son. Comme si c'taient des cris inaudibles. Comme si personne ne les entendait, part peut-tre ceux qui crient leurs cts. Ces visages aux yeux vides, aux traits figs, et sans voix, ces visages n'ont t que trop vus l'entre de camps de concentration et d'extermination (lors de l'entre la " douche "). Menashe Kadishman a produit cette uvre afin de commmorer les victimes de l'Holocauste, mais aussi toutes les victimes des guerres et des violences travers le monde entier.

Aprs avoir fait le rapprochement entre ces visages et le triste destin de milliers de juifs pendant la Guerre, j'tais rticente l'ide d'arpenter ces masques d'acier devenus des visages de chair. Aprs quelques pas, qui se voulaient discrets, les pavs d'acier commencrent s'entrechoquer. Quelques pas et quelques curieux plus tard, un bruit mtallique et froid s'leva. Et le bruit montait, montait Jusqu' ce que ce ne ft plus supportable. On n'tait pas juste en train de pitiner ces masques, on les aidait se faire entendre.

En provoquant ce vacarme, je me suis dit que cette souffrance relve du pass mais qu'aujourd'hui de nombreuses discriminations persistent malgr notre parfaite connaissance de cette ralit tragique.

C'est chacun de nous, contemporains, de faire du bruit, d'alerter et d'aider les perscuts, CRIER !"

Le deuxime prix est revenu Capucine BRBION, lve de premire conomique et sociale au lyce polyvalent Fernand Renaudeau Cholet (Maine-et-Loire) pour son clich "L'art pour rsister contre l'oubli" pris lors d'une visite du camp Ravensbrck en avril 2016 dans le cadre d'un voyage d'tude.

Ce candidat a fourni des lments de comprhension de sa dmarche artistiqueguidant la ralisation de sa photographie :

"Nous avons particip, avec ma classe de 1re ES, un voyage scolaire en Allemagne sur le thme " Berlin (Ravensbrck)-Weimar (Buchenwald), 1933-1945 : des hommes et des femmes en Rsistance". Lors de notre journe d'tude Ravensbrck, notre guide nous a demand ds le dbut de dcouvrir le camp par nous-mmes l'aide d'un appareil photographique et de revenir avec quatre clichs de notre choix. Cette dmarche m'a particulirement plu. Avec mon groupe, nous nous sommes dirigs au-del de la place d'Appel, dans un btiment immense et vide. Des sculptures trs imposantes ont immdiatement attir mon regard. Instantanment, j'ai choisi de photographier cette uvre d'art. Cette photo tait, au dpart, destine jouer avec le focus sur le buste d'une des sculptures, qui prsente un triangle " catgorisant" le dport. Ces sculptures m'ont tout de suite interpelle et profondment touche, de par l'horreur de ces corps dcharns comme s'ils taient les tmoins pour l'ternit de l'enfer vcu quotidiennement dans ce lieu. Le triangle transperant le corps de ces tres humains mconnaissables symbolise pour moi la rsistance cette entreprise de destruction de l'Homme : des corps dj soumis un processus d'limination en marche (catgorisation et exclusion prcdant l'assassinat) mais des corps debout, ultime signe de leur humanit. C'est pour cette raison que je me suis focalise sur ce triangle. J'aurais pu prendre l'ensemble sculptural dans sa globalit, ces dports avanant dans la mme direction, mais mon souhait tait de mettre en avant ce pourquoi ils taient des dports. J'ai galement voulu montrer que l'inhumanit des uns pouvait mener la dshumanisation des autres, et que l'art, s'il a t un moyen pour les dports de rsister cette dshumanisation, permet aujourd'hui de lutter contre l'rosion du temps, de rsister contre l'oubli et de perptuer dans ce lieu notre humanit."

Le troisime prix a t attribu La AUJAL, lve de terminale conomique et sociale au lyce La Prat's de Cluny (Sane-et-Loire) pour sa photographie prise dans la prison de Montluc en janvier 2016 intitule "Le petit filet de vie".

Cette lve a accompagn sa cration d'un texte prsentant son projet pdagogique et traduisant son motion dans ce lieu d'internement.

"Prison Montluc, Lyon. C'est l que nous, les quarante lves du projet "Matricule 35494", nous sommes rendus le 13 janvier 2016 et ce, aprs avoir visit Izieu et en attendant notre voyage Auschwitz.

Montluc. Ce lieu charg d'Histoire a accueilli environ 10000 prisonniers: des femmes et des hommes qui s'opposaient la barbarie nazie, de toutes religions, de tous pays; des anonymes, les innocents d'Izieu, tout comme des personnages emblmatiques, tels que Jean Moulin ou l'historien Marc Bloch.C'est l galement que furent enferms les soixante-dix-huit Clunisois dont nous suivions les traces depuis l'automne 2015: parmi ceux-ci, Marie-Louise Zimberlin, professeure de franais arrte en plein cours dans notre tablissement le 15 fvrier 1944. Matricule 35494 Ravensbrck.

Aujourd'hui, travers l'objectif, je les imagine, je les vois, entasss dans cette cellule et attendant la peur au ventre. Attendant l'interrogatoire qui les mnerait devant Barbie et refusant encore de croire au pire: l'inexorable dpart vers Drancy, Compigne, les camps

la fentre inaccessible, la pluie frappe, le soleil y darde peut-tre aussi ses premiers rayons et la lune vient s'y reflter. Combien de regards se sont agripps vers "ce petit filet de vie", esprant? Combien de prires, de mots couverts ou hurls se sont envols vers ce "peu de lumire"?

Lieu de Mmoire, la lucarne de la libert abrite jamais les mots et les regards de ceux qui ont combattu, rsist et qui ne sont peut-tre pas revenus."

Deux mentions spciales du jury ont t dcernes ࠠ:

Jeanne FILLONNEAU, lve de premire conomique et sociale au lyce Victor Duruy de Mont-de-Marsan (Landes) pour sa photographie du vieux cimetire juif de Prague prise en mars 2016.

Voici son texte d'accompagnement:

"Ce cimetire est une preuve de l'absurdit, de la mgalomanie et de l'chec prmdit du gnocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, quand une civilisation est implante depuis des sicles et des sicles, il est totalement impossible de lui ter la totalit de ses racines. Pour moi ce qu'a reprsent directement ce cimetire c'est l'empreinte d'une civilisation bel et bien trace sur Terre, et qu'il tait compltement abstrait de vouloir exterminer. Si j'ai choisi de prendre la photo sous cet angle l c'est pour montrer les tombes enracines dans le sol depuis des sicles et des sicles. J'ai galement fait le choix de jouer sur les contrastes et les effets en retouchant lgrement la photo pour faire ressortir les stles et leurs dtails qui prouvent leur anciennet. Elles refltent alors l'impression que ce cimetire est une fort dense et imposante de milliers de personnes juives qui vivaient ici Prague, dont on aperoit quelques btiments en arrire-plan. Le gnocide des juifs est l'un des pires crimes contre l'humanit commis envers une civilisation innocente et qui ne mritait en aucun cas cela. En revanche, du fait de sa longvit sur Terre, cette population ne pouvait totalement s'teindre et a russi rebondir aprs les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Ce cimetire permet de se rendre compte que nul n'est l'abri, et qu'aprs des sicles d'existence une civilisation peut se retrouver vise et dtruite par des penses obscures et inhumaines. De nos jours, il est important, de prendre conscience, et surtout de transmettre un message de mmoire pour viter que de telles atrocits ne se reproduisent."

Juliette CASANOVA, lve de troisime au collge Henri Bourrillon de Mende (Lozre) pour son clich du camp de Rivesaltes.

Voici son commentaire personnelfaisant cho l'actualit:

"Le camp de Rivesaltes est un lieu de mmoire qui nous replonge au XXe sicle, dans cet endroit sombre et triste! Des rfugis espagnols, des tsiganes, des juifs ont t enferms dans ce camp. Ce cauchemar a commenc en 1941, mais s'est fini seulement en 2007, en hbergeant un centre de rtention administrative pour les immigrs clandestins. Le camp offre dsormais une exposition avec des documents retrouvs dans les btiments, ainsi que les plans.

Ce fond, noir et blanc flout, procure une sensation de froid sur cette image; c'est un pass flou que nous dlivre ce clich. Sans l'avoir vcu il est difficile de comprendre ce qui s'est rellement pass. Malgr cela, sur cette photographie, nous pouvons quand mme dcouvrir un endroit qui "revit naturellement" grce sa vgtation, pourtant les btiments restent des ruines. C'est une image qui reste nette et dans le pass!

Aujourd'hui, 15 avril 2016, je suis face ces btiments, ces ruines, qui ont enferm des hommes tels des animaux en cages numrotes. Je suis triste de voir que ce fait de l'Histoire se reproduit encore aujourd'hui; cela fait 75 ans, mais cet endroit n'a pas chang aux yeux des gens. C'est sombre, sans vie, un sentiment de froid s'installe en traversant l'alle de ruines, surtout un jour de tramontane.

Ma photographie montre des ruines, pourtant il existe encore sur des les grecques des camps de toiles qui accueillent chaque jour des familles qui ressemblent celles qui ont sjourn dans ce lieu."