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Nous, nous ne verrons pas la fin. Un enfant dans la guerre (1939-1945)


Louis MEXANDEAU
Paris,, Edition Le cherche midi, 2003, 326 pages

 

Ce livre est un tmoignage sur l'occupation brutale et impitoyable des dpartements du Nord et du Pas-de-Calais qui faisait partie de la zone dite interdite ou rattache, exige par les Allemands dans le cadre de la convention d'armistice de juin 40. C'est dans une petite commune rurale de l'Artois, sur une terre instruite par le souvenir de la Grande Guerre, Wanquetin que Louis Mexandeau, huit ans en septembre 1939, rencontre la guerre, l'invasion et la peur au quotidien pendant quatre longues annes. Avec les yeux d'un enfant de huit ans, et de petit gars du Nord, il raconte dans ce livre, ces les annes noires, et tmoigne pour rappeler combien de rsistants anonymes peuplrent ce pays viscralement " anti-boches " et qui rsista ds la premire heure.


Septembre 39, pour le petit Louis, la guerre est presque drle grce la cuisine roulante des soldats franais qui fait la joie des enfants, surtout quand les braves fantassins partagent leur " rata ", quel rgal alors !. A l'hiver les anglais vont les remplacer et dans les poches des gars du village, le beau et " bon tabac blond l'odeur de miel " a pris la place du rugueux petit gris. Mai 40, la guerre cesse d'tre drle, annonciatrice du dsastre, un fleuve sans fin de " tous les spcimens que l'industrie automobile avait fabriqus depuis vingt ans " traverse la commune. Les " Mexandeau " ne partiront pas, dans l'affreuse pagaille, ils font face, aident et soulagent car chez eux on n'abandonnent pas sa terre et ses btes et le petit patriote de huit ans, confie alors une " pierre tendre ", au moyen d'un clou, en quelques lignes son humiliation, c'est l son appel d'un certain 28 mai 40.


Avec l'arrive des soldats Allemands, vient le temps du sang et des larmes, quand dans les premiers jours de juin la soldatesque occupante commet d'atroces massacres, prlude sans doute ceux auxquels elle se livrera en Russie. Les petits villages d'Aubigny-en-Artois, Beuvry, Courrire Carvin, et bien d'autres en garderont longtemps les traces et le souvenir. Sous la botte allemande qui s'alourdit chaque jour, l'auteur dcrit l'action de tous ces hros anonymes comme Marcel le chef de famille, qui sera dport, et sa mre Jeanne, " indomptable professeur d'nergie " recueillant et cachant, les proscrits, les fugitifs, les aviateurs abattus en leur procurant le gte, le couvert et " ein caelle ", la chaise : pour les " Mexandeau ", comme pour tous " ces gens du Nord ", que l'histoire a habitu aux malheurs des invasions, l'hospitalit est traditionnelle. Bien vite dans le climat des interdictions, des rquisitions, des privations et des arrestations le petit Louis et sa petite bande de garnements chapardent les objets convoits par l'occupant et braconnent au nez et sa barbe. A l'ombre de la croix gamme, le temps des " Ducasse " et des ftes de village est fini et dans la longue nuit qui s'est abattue il faut apprendre survivre, esprer, le combat que les anglais poursuivent met du baume au coeur, rsister : " ici " c'est naturel tmoigne Louis Mexandeau.


Dans ce pays minier, nous rappelle l'auteur, se droulrent les premires grves, o les mineurs et leurs femmes se conduisirent de faon admirable face une rpression impitoyable dans " la pure tradition de Germinal ", la maison familiale du petit Louis, abrita alors plus d'un mineur poursuivi ! C'est une semaine aprs l'arrestation de son pre en fvrier 1942, que " l'Enjolras du Valenciennois " Eusebio Ferrari est abattu par un gendarme franais. Quelques mois plus tard, en septembre c'est un autre hros du Nord " le Robin des corons " Charles Debarge qui son tour ne verra pas la fin de cette lutte. L'autre hros vers lequel Louis Mexandeau dirige son souvenir est celui d'un officier britannique du S.O.E. Michael Trotobas, " capitaine Michel " qui la tte du rseau Sylvestre Farmer, tout au long de l'anne 1943 smera la terreur chez les occupants, " il valait lui seul trois divisions, reconnatront les Allemands ", lui non plus ne verra pas la fin...comme tous les femmes et les hommes de cette rgion fusills dans les fosss des forteresses d'Arras ou de Lille au cours de ces annes.


On sent dans ce livre combien l'auteur a la nostalgie de la vie rurale de son enfance d'avant ces annes noires, tendrement attach sa rgion natale, qui suivant ses propres mots est : " terre de malheur, de courage, de rsistance, de dignit et de solidarit ". Ce livre est une ode tous les oublis, gens du Nord, paysans, mineurs, qui vcurent ces exactions, ces rquisitions, ces destructions, ces brimades sans jamais courber le dos. Ce livre est aussi le cri d'un homme, qui regrette que la mmoire de cette occupation brutale et impitoyable n'ait pas dpass les limites de la rgion et qu'au Panthon de l'histoire nationale le nom de tous les " Oradour " du Nord, et de tous les hros dont il trace le portrait n'y figurent, qu'en trop petits caractres, quand ils y figurent !

Jean Novosseloff

Fondation de la Rsistance
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