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Louis Henri BOUSSEL


(1916-2014)
Rseau de renseignements Etoile
collections particulire famille Boussel
collections particulire famille Boussel

 

 

Louis Henri Boussel est né à Smyrne (Turquie) le 2 janvier 1916 où son père occupait un poste à la direction des chemins de fer français en Syrie et Turquie.

À partir de 1926, il poursuit sa scolarité en France. En 1937, après avoir obtenu  son diplôme d'Ingénieur des Arts et Métiers, il est appelé à faire son service militaire. Jeune sous-lieutenant, il est alors affecté au 8e régiment de Tirailleurs à Bizerte (Tunisie). Maintenu sous les drapeaux suite à la déclaration de guerre, son régiment combat en Métropole près de Fontainebleau en mai-juin 1940.

Après l'armistice de juin 1940, certain que l'Empire colonial français allait continuer la guerre auprès des Alliés, Louis Henri Boussel décide de rejoindre Marseille afin d'embarquer clandestinement à la barbe de la commission d'armistice italienne. En juillet 1940, il rejoint alors Tunis et Bizerte mais très vite, se rendant à l'évidence qu'il n'y aurait pas de  reprise des combats depuis ces terres de l'Empire, Louis Henri Boussel tente de  rejoindre le général de Gaulle à Londres. En octobre 1940, il quitte la Tunisie et, après avoir été démobilisé à Avignon, rentre à Courbevoie où il apprend le décès de sa mère. C'est au début du mois de novembre 1940 qu'à Paris il entre en contact avec le lieutenant-colonel Michel Brault alias Jérôme et Miklos, un des chefs du réseau de renseignement Étoile (1). Ses compétences techniques acquises lors de stages menés en 1935-1936 au dépôt SNCF de locomotives de La Chapelle dans le cadre de son cursus d'ingénieur amènent Michel Brault à lui confier la recherche de renseignements ferroviaires dans le nord de la France pour le compte de son réseau. En janvier 1941, Louis Henri Boussel se fait embaucher comme attaché de traction au dépôt de La Chapelle (dans le XVIIIe arrondissement de Paris). Dès lors, il remplit de nombreuses missions de renseignements pour le réseau Étoile (2), tout en recrutant de nombreux agents pour le compte des réseaux F et Gloria. Le 26 novembre 1941, il est arrêté par les services de l'Abwer lors d'un rendez-vous à la brasserie Chez Ruc (face à la gare St Lazare), à la suite de la trahison de Mathilde Carré dite « la Chatte », membre du réseau Interrallié, avec laquelle il était en contact pour des transmissions radio de renseignements vers Londres (3).

Interné à Fresnes pendant près de 15 mois (du 26 novembre 1941 au 18 février 1943),  puis au fort de Romainville comme otage de la région parisienne (du 18 février 1943 au 25 mars 1943), Louis Henri Boussel est déporté NN par le convoi du 25 mars 1943 parti de la gare de l'Est à Paris. Le 27 mars 1943, il arrive au camp de concentration de Mauthausen (4) où il devient le déporté 25 299. Affecté au kommando de Gusen (5), il travaille bientôt à l'usine d'armement Steyr (contrôle général du hall 7).

Grâce à ses contacts avec des déportés polonais qui tiennent tous les postes importants de ce camp, Louis Henri Boussel parvient à préserver des déportés français des affectations les plus exposées que sont les kommandos de terrassement. Au sein de l'usine Steyr, les relations clandestines qu'il noue avec des ingénieurs civils autrichiens, lui permettent de « mettre à l'abri » des déportés français plus affaiblis.

Ainsi, lorsque le Père Jacques de Jésus (Lucien Bunel) arrive à Gusen au printemps 1944, Louis-Henri Boussel se lie d'amitié avec lui et met tout en œuvre pour le soustraire d'un kommando de terrassement. Après l'avoir fait  entrer au Block 7 où ils seront camarades de châlit, il parvient à le faire affecter au Hand Kontroll (contrôle central) de l'usine Steyr, où le travail beaucoup moins pénible lui offre de plus grandes chances de survie tout en lui offrant la possibilité de pouvoir rencontrer clandestinement des déportés et de pratiquer son ministère (6).

 De plus, malgré les risques importants qu'il encoure, Louis-Henri Boussel organise une forme de sabotage de la production de guerre allemande au sein de l'usine Steyr en faisant évacuer des pièces expertisées en même temps que les rebuts.

Libéré par les Américains le 5 mai 1945, il devient alors le secrétaire du Père Jacques, élu membre du comité International du camp. Le 17 mai, le Père Jacques, épuisé,  est hospitalisé à Linz. Louis Henri Boussel décide alors de différer son rapatriement pour le rejoindre et veiller à son chevet jusqu'à son décès le 2 juin 1945. Il participe à la mise en bière et au rapatriement du corps du Père Jacques qu'il accompagne par avion ne rentrant à Paris par l'aéroport du Bourget que le 25 juin. Après un passage par les services de l'Hôtel Lutetia, il regagne Istambul en octobre 1945 pour se marier. De retour à Paris en décembre 1945, il reprend son activité professionnelle comme ingénieur au dépôt SNCF de La Chapelle (7), activité qui sera interrompue en 1946 et 1948 par des séjours en sanatorium imputables à une tuberculose contractée durant sa déportation.

Fidèle à ses camarades, Louis Henri Boussel adhère à plusieurs associations issues de la Résistance et de la Déportation à l'instar de de la Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants (en février 1946), de l'association Résistance-fer, de l'amicale de Mauthausen, de l'Association Nationale des Combattants Volontaires de la Résistance, des Amitiés de la Résistance...

Passionné de photographie, au point de passer un diplôme professionnel, il est accrédité comme  photographe officiel auprès du ministre des Anciens combattants. Cela lui permet, dès le retour du général de Gaulle (8), de couvrir les commémorations patriotiques officielles liées à la Résistance et à la Déportation notamment celles du Mémorial de la France combattante du Mont-Valérien  le 18 juin,  celles du Mémorial de la Déportation sur l'Ile de la Cité ou encore celles au camp du Struthof ...

Il est là aussi pour immortaliser la vie associative du monde combattant comme les dîners-débats des Amitiés de la Résistance, les congrès d'associations, ...

Très souvent publiées dans la presse combattante, il diffusera certaines de ses photographies dans des ouvrages plus importants.

Ainsi, ayant été accrédité à l'occasion des obsèques du général de Gaulle le 12 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises, en 1973, Henri Boussel publie un livre intitulé Charles de Gaulle. 12 novembre 1970 (Paris, Club Iris) (9). Quatre ans après, le ministère des Anciens Combattants et victimes de guerre lui permettra de réaliser un autre ouvrage Le Mont-Valérien. Mémorial de la France Combattante (10).

Pensionnaire à l'Institut national des Invalides, Louis Henri Boussel est décédé le 19 janvier 2014.

Ses enfants Christian-Jacques Boussel et Christiane Bonnal ont proposé à la « commission archives » l'ensemble de son travail de photographe ainsi que ses archives. Après expertise du fonds et d'un commun accord entre la famille et les membres de la « commission archives », ce fonds d'archives important a été donné aux Archives nationales. Au total, ce sont près de 10 000 clichés photographiques, de très grande qualité,  majoritairement en noir et blanc, très bien classés qui ont rejoint le patrimoine national.

Les photographies de Louis Henri Boussel expriment le point de vue d'un opérateur complice de ses modèles, de la communauté de résistants et de déportés qu'il photographie et dont il partage les valeurs. Elles sont une source d'informations sur la vie des associations patriotiques issues de la Seconde Guerre mondiale sur près de 40 ans.

 

Frantz Malassis

 

Notice biographique réalisée à partir du témoignage de Louis-Henri Boussel L'homme est un animal raisonnable à station verticale doué d'intelligence et d'imagination et de langage articulé (12),  de certaines de ses archives personnelles, d'entretiens avec Mme Christiane Bonnal et d'ouvrages cités en référence.

 

(1)       Ce réseau, homologué le 16 novembre 1946, comprenait 30 agents. Il a été reconnu unité combattante du 1er octobre au 31 mai 1942. Cf. Les réseaux de résistance de la France combattante. Dictionnaire historique sous la direction de Stéphane Longuet et Nathalie Genet-Rouffiac, SHD- éditions Économica, 2013, pp. 294-298.

(2)     Il est  homologué agent P2 (chargé de mission de 1ère classe) au sein du réseau Étoile le 10 février 1947.

Son action pendant la guerre vaudra à Louis-Henri Boussel d'être élevé au grade de Commandeur de la Légion d'honneur (1977) mais aussi de recevoir la croix de guerre avec trois citations (à l'ordre de la division par décret n°458 du 11 décembre 1945, à l'ordre du corps d'armée par décret n°509 du 20 mars 1946 et à l'ordre de l'Armée par décret du 14 janvier 1948) et la Médaille de la Résistance (décret du 31 mars 1947 paru au Journal Officiel le 26 juillet 1947).

(3)     Il sera arrêté en même temps que des agents des réseaux Famille, F2 et Gloria. Le 7 janvier 1949, il sera témoin à charge lors du procès de « la Chatte » qui se tient  au Palais de Justice de Paris.

(4)     Cf. Le livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution 1940-1945, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, éditions Tirésias, 2004, Tome I, p. 696.

(5)     En mars 1947, Louis-Henri Boussel témoigne au procès des criminels du camp de Mauthausen qui se tient à Dachau à la demande officielle de la direction générale de la Recherche des criminels de guerre du ministère de la Justice.

(6)     Cf. le témoignage d'Henri Boussel dans l'ouvrage du Père Philippe de la Trinité, Père Jacques, martyr de la charité, Desclée de Brouwer, 1947, pp. 421 à 435. En 1989, Louis-Henri Boussel est appelé à l'archevêché de Lille pour témoigner au procès de béatification du Père Jacques de Jésus.

(7)     Henri Boussel devient inspecteur divisionnaire des services actifs à la SNCF (région Nord-service matériel et traction) en 1967 et achève sa carrière comme ingénieur principal adjoint à la SNCF en 1973.

(8)     Il poursuivra cette activité jusqu'en 2009.

(9)     Illustré par des clichés pris par Louis-Henri Boussel et son fils Christian-Jacques Boussel cet ouvrage, rédigé par Louis-Henri Boussel, se divise en quatre parties distinctes :

-   « Colombey-les-Deux-Églises » qui présente en images le village ;

-   « Le témoignage des fidèles et des humbles » qui reproduit les photographies prises lors des obsèques célébrées à Colombey-les-Deux-Églises le 12 novembre 1970 ;

-   « L'hommage des grands de ce monde » qui est une succession de photographies prises lors de la cérémonie religieuse célébrée à Notre-Dame de Paris le même jour ;

-   Manifestation silencieuse de la fin de journée à l'Arc de Triomphe.

(10)  Publié pour la première fois en 1977, il sera réédité en 1996.

(11)  Depuis l'année 2000, la Fondation de la Résistance, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, le ministère de la Culture (direction des Archives de France) et le ministère de la Défense (direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives) se sont associés pour créer la « commission archives ». Dès 2001, cette commission a lancé une campagne nationale de sauvegarde des archives privées de la Résistance et de la Déportation en sensibilisant leurs éventuels détenteurs par l'intermédiaire du Guide du détenteur d'archives de la Résistance et la Déportation, de réunions de sensibilisation départementales et d'une exposition « Ensemble, sauvegardons les archives privées de la Résistance et de la Déportation ».

(12)  Compte d'auteur (pour se procurer ces mémoires contactez Christiane Bonnal au 06 33 35 03 24).