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Portraits de la Résistance, Guy Moquet, Lucie Aubrac et bien d'autres

Portraits

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Henri FRENAY
(mouvement "Combat")
1905-1988
Henri Frenay, en août 1940
(Photographie extraite de © Frenay (Henri), La Nuit finira, Robert Laffont, 1973, DR)
Henri Frenay, en août 1940
(Photographie extraite de © Frenay (Henri), La Nuit finira, Robert Laffont, 1973, DR)


Chef de l'un des trois grands mouvements de la zone Sud (le mouvement "Combat"), Compagnon de la Libération, représentatif de la complexité des valeurs qui sous-tendent les engagements résistants, Henri Frenay est né à Lyon en 1905 dans un milieu militaire imprégné des idées de la droite patriotique.

Ayant perdu son père très tôt au cours de la Première Guerre mondiale, Henri Frenay est élevé par sa mère. Il entre à l'Ecole militaire de Saint-Cyr et entame une brillante et rapide carrière militaire.

Dénué jusque dans les années 1930 de toute expérience politique (sa famille est des plus méfiante à l'égard de la politique), c'est en fréquentant le Centre d'Etudes Germaniques à Strasbourg en 1938, et au contact de Berty Albrecht qu'il a rencontrée en 1935, qu'Henri Frenay acquiert une bonne connaissance de l'Allemagne nazie et de ses dangers. De fait, l'influence de Berty Albrecht, militante antifasciste issue de la grande bourgeoisie protestante, qui tient un salon littéraire à Paris - et qui, pour s'immerger dans le monde du travail entreprend tardivement des études à l'école des surintendantes d'usine -, a été déterminante.

Mobilisé en 1939 comme capitaine d'active, Henri Frenay est fait prisonnier au cours de la campagne de 1940 ; il s'évade et rejoint, après la signature de l'armistice, la zone Sud. Là il est affecté à Marseille et, refusant la défaite de son pays, impatient d'agir, il rédige au cours de l'été 1940, à Saint-Raphaël, un manifeste dans lequel il exprime à la fois son attachement au maréchal Pétain, son adhésion aux idées de la Révolution nationale*, et son rejet de l'Occupation allemande. Il commence à diffuser ce manifeste dans un cercle d'amis (Maurice Chevance, le docteur Recordier, Robert Guédon et Claude Bourdet) en novembre 1940. Ce sont ces amis qui forment le premier noyau de militants à l'origine du Mouvement de Libération Nationale, dirigé par Henri Frenay. Le MLN recrute dans un premier temps dans la région de Marseille, dans le Var, puis dans l'ensemble du Sud-Est de la France. Il se développe par la suite en zone Nord grâce à l'action de Robert Guédon. Ses activités, centrées d'abord sur l'information et la propagande, se doublent d'une organisation militaire axée sur le renseignement. 2° Bureau d'Etat-major de l'armée d'armistice repliée à Vichy, au sein de la section allemande notamment

En janvier 1941, s'opposant de plus en plus à ses chefs, il décide de démissionner de l'armée, et s'installe à Lyon où il continue d'entretenir avec des officier du 2° Bureau des relations mi-officielles, m-officieuses. Berty Albrecht le rejoint peu après et participe à la rédaction et à la confection du journal clandestin Les Petites Ailes, qui deviendra Vérités en août 1941 ; ces deux journaux diffusent des informations recueillies auprès du 2° Bureau. Ils bénéficient par ailleurs des chroniques religieuses rédigées par Pierre Chaillet*.

Surveillé, Henri Frenay entre complètement dans la clandestinité au printemps 1941 et prend alors le nom de Henri Francen. Il possède alors plusieurs pseudonymes dont le plus connu est " Charvet ".

C'est au cours de l'été 1941 qu'Henri Frenay entreprend de contacter d'autres organisateurs de la Résistance ; il rencontre ainsi une première fois Jean Moulin à Marseille, en juillet 1941, puis Emmanuel d'Astier de la Vigerie*, dont le mouvement " Libération-Sud " de tendance socialiste et syndicaliste, s'oppose par son anti-vichysme aux idées du chef du Mouvement de Libération Nationale.

A la fin de l'année 1941, Frenay franchit cependant une étape en opérant la fusion de Vérités avec Liberté, journal clandestin de la zone Sud de tendance chrétienne démocrate créé par François de Menthon, dans un grand mouvement structuré, doté d'un journal, " Combat ". Cependant " Combat " subit rapidement en janvier -février 1942, en zone Sud et en zone Nord, une importante vague d'arrestations. Dans la zone Sud, Henri Frenay tente de faire libérer ses militants en se rendant lui-même, sous sa véritable identité, à Vichy, pour rencontrer à deux reprises le ministre de l'Intérieur de Vichy, Pucheu. Ces rencontres sont fort mal perçues par les dirigeants des autres mouvements, enveniment les relations entre ceux-ci et " Combat ", et freinent pour quelque temps les tentatives de rapprochement. C'est à cette époque (premier semestre 1942) qu'Henri Frenay prend définitivement ses distances à l'égard de Vichy.

En zone Nord, les arrestations sont plus dramatiques ; arrêtés en février 1942, transférés en Allemagne, les militants de " Combat " seront jugés en octobre 1943 par le Tribunal du Peuple de Sarrebrück. Vingt-trois d'entre eux sont condamnés à mort, décapités, d'autres sont déportés. Par ailleurs, Berty Albrecht est arrêtée une première fois en mai 1942 et internée dans un hôpital psychiatrique de Vals-les-Bains en Ardèche (elle simulait la folie). Une évasion organisée par ses amis à la Noël 1942 parvient à la libérer.

En octobre 1942 Henri Frenay se rend à Londres, en compagnie d'Emmanuel d'Astier, pour rencontrer le général de Gaulle et jeter les bases d'une unification des organisations de résistance, au sein de ce qui sera le Conseil National de la Résistance*. Toutefois Henri Frenay, même s'il se rallie au général de Gaulle, se révèle le plus farouchement hostile à l'intégration des partis politiques. Il s'oppose à la création du CNR et propose la formation d'un grand parti de la Résistance ; dès cette époque, Henri Frenay se heurte à Jean Moulin.

A son retour en France, le comité de coordination des mouvements de la zone Sud se réunit pour la première fois le 27 novembre 1942 ; y participent Jean Moulin, le général Delestraint, Emmanuel d'Astier, Jean-Pierre Lévy* du mouvement " Franc-Tireur " et Henri Frenay. Ces réunions, qui se multiplient fin 1942-début 1943, aboutissent à la création en janvier 1943 des Mouvements Unis de Résistance (MUR*), regroupant " Combat ", " Libération-Sud " et " Franc-Tireur ".

Au cours de ces réunions Henri Frenay affirme une position singulière et s'oppose fréquemment à Jean Moulin ; sa volonté d'indépendance est plus affirmée que celle d'Emmanuel d'Astier ou de Jean-Pierre Lévy. Par ailleurs il n'accepte pas l'idée d'une séparation entre les affaires politiques et les affaires militaires, souhaitée par Londres, qui méconnaît selon lui la réalité de la Résistance. Enfin, mécontent des financements accordés par Jean Moulin et Londres, Henri Frenay établit des contacts avec des services américains en Suisse, par l'intermédiaire de Pierre de Bénouville. Cette initiative fait l'objet d'un nouveau désaccord avec les autres mouvements de la zone Sud.

Une nouvelle fois, en ce début de l'année 1943, " Combat " doit faire face à une série d'arrestations parmi lesquelles deux " piliers " du mouvement, Jacques Renouvin et Edmond Michelet. Menacé lui-même, Henri Frenay est hébergé du côté de Mâcon par la famille Gouze, en compagnie de Berty Albrecht.

Dans l'attente d'un nouveau départ pour Londres, Henri Frenay séjourne en avril-mai entre Mâcon et Lyon. C'est à Lyon, peu avant son départ le 27 mai 1943, qu'il apprend l'arrestation par la Gestapo, à Mâcon, de son amie Berty. Profondément bouleversé, Henri Frenay tente l'impossible pour organiser son évasion, mais l'opération échoue. Son ami, Pierre de Bénouville, rend compte à un de ses correspondants en Suisse du choc éprouvé par Frenay : " Une souricière était tendue ; nos hôtes enlevés. C'est donc un drame absolu. Xaintrailles [Frenay] n'a échappé à tout cela que par miracle. Il a été terriblement secoué par cette affreuse affaire. Bien entendu il s'est immédiatement repris : vous connaissez comme moi son courage et son cran. [...] Nous venons, Xaintrailles et moi, de passer 48 heures effroyables. Nous remontons le courant coudes à coudes 30 mai 1943 ". Il part cependant à Londres, le 17 juin 1943, où il apprend quelque temps après, le décès de Berty Albrecht. Il écrit, dans un message crypté adressé à ses amis en France : " Apprends exécution de Berthie. Je vous demande d'entourer Mireille [sa fille] de toute votre affection et lui dire mon désespoir et mon affection. Je suis obligé ALLER ALGER pour questions très importante."

Mais l'action prime. De Londres, il est appelé à Alger, rencontre le général de Gaulle qui le nomme commissaire aux Prisonniers de Guerre, Déportés et Réfugiés du CFLN*. Il reste à Alger jusqu'à la Libération, où il devient ministre des Prisonniers, des Déportés et des Réfugiés, dont il organise le retour en 1945.

Après la guerre, Henri Frenay publie ses Mémoires, La Nuit finira en 1973, puis L'Enigme Jean Moulin en 1977, dans lesquels il parle de ses divergences avec Jean Moulin, l'accusant d'avoir secrètement travaillé pour les communistes. Ce sont ces accusations et cette conception polémique de l'histoire de la Résistance, qui ont provoqué au cours des décennies qui ont suivi, la rédaction par Daniel Cordier, l'ancien secrétaire de Jean Moulin dans la clandestinité, d'une monumentale biographie du premier président du CNR.

Henri Frenay est décédé le 6 août 1988 à Porto-Vecchio.

Bibliographie

FRENAY (Henri), La nuit finira. Mémoires de Résistance. 1940-1945, Paris, Robert Laffont, 1973, 607 pages.
GRANET (Marie) et MICHEL (Henri), Combat. Histoire d'un mouvement de Résistance de juillet 1940 à juillet 1943, Paris, PUF, 1957, 330 pages.
BELOT (Robert), Henri Frenay. De la Résistance à l'Europe, Paris, Seuil, 2003.
BELOT (Robert), Paroles de Résistants, Paris, Berg International Editeurs, 2001, 309.
AZEMA (J. P.) [s. d.], Jean Moulin face à l'Histoire, Paris, Flammarion, 2000, 418 pages.
CORDIER (Daniel), Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon. Tome 3 : " De Gaulle capitale de la Résistance. Novembre 1940-décembre 1941 ", Paris, Lattès, 1993, 1480 pages.
COINTET (Jean-Paul), " Henri Frenay " in COINTET (Jean-Paul et Michèle) [s. d.], Dictionnaire historique de la France sous l'Occupation, Paris, Tallandier, 2000, pp. 325-326.
Henri Frenay. De la Résistance à l'Europe, actes du colloque organisé à l'Assemblée nationale, le 19 octobre 1995.
PESCHANSKI (Denis) et DOUZOU (Laurent), " Les premiers résistants face à l'hypothèque Vichy (1940-1942) ", in DOUZOU (Laurent), FRANK (Robert), PESCHANSKI (Denis) et VEILLON (Dominique) [s. d.], La Résistance et les Français : villes, centres et logiques de décision, Actes du colloque international, Cachan, 16-18 novembre 1995, IHTP-CNRS, 1995, pp. 427-446.

Site Internet

Sur le site du Musée de l'Ordre de la Libération.
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/365.html


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