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La Campagne de 1940


Christine LEVISSE-TOUZE (dir.)
Paris, Edition Tallandier, 2001

S'il faut lire L'trange dfaite, l'imprissable et rude tmoignage de Marc Bloch, pour bien comprendre la dfaite franaise de 1940, il faut aussi, maintenant et srement, lire La campagne de 1940 qui vient de paratre, sous la direction de Christine Levisse-Touz.

Cet ouvrage est le fruit des actes d'un colloque qui a runi, la fin de l'anne 2000, les plus grands spcialistes de cette priode au muse de l'Arme. Stratgie franco-britannique, plans oprationnels, renseignements, rle de l'arme belge, bien sr la "surprise allemande" et la dfense franaise, mais aussi les batailles des plaines belges, de la Somme, de Dunkerque et des Alpes, comme celle de Narvik, tout est analys, des intentions aux actes. Le rle de la marine et de l'aviation, les arrires du front, le moral et son volution parmi la population et les armes, mais aussi les pertes des deux cts ainsi que les massacres perptrs par les armes allemandes, sont minutieusement relats. Enfin le portrait de deux grands tmoins de ce dsastre est remaquablement trac, celui du capitaine de Hauteclocque et celui de Jean Moulin, prfet de Chartres.

En "six semaines haletantes et tragiques" la campagne de mai 40, "foudroyante et stupfiante", va entraner une vritable commotion mentale de la nation, nul n'a anticip l'vnement ; "le monde est frapp de stupeur" par la victoire allemande. Ce sont les rapports du monde avec la France qui sont bouleverss. De ce "trauma" va natre la France Libre - le refus - mais aussi Vichy, on voudra de chaque ct, sa faon, effacer ce traumatisme : "plus jamais a !".

Echec fondamental de la stratgie dfensive et d'attente adopte par le gouvernement franais et par le haut-commandement et son chef, le gnral Gamelin, "pour se mettre sur le pied de guerre". Echec de la mobilisation industrielle face une Allemagne dont la monte en puissance sur tous les plans, est suprieure malgr le blocus des Britanniques et des Franais. Enfin chec aussi d'une stratgie marque "par l'incertitude fondamentale, entre d'une part la priorit accorde la scurit du front du nord-est et, d'autre part, la volont de lancer des oprations priphriques vers les Balkans, le Caucase et en Scandinavie".

C'est aussi et surtout l'chec pour ces dirigeants, valeureux anciens combattants de la Grande Guerre qui ne comprendront pas la ralit "de ce qu'tait la guerre allemande qui tait de mener les divisions blindes et motorises reprsentant 250 000 jeunes gens fanatiss et entrans physiquement et moralement depuis 1933", et dont les rflexes sont ceux de 1914-1918 - comme en 1917 on attend les Amricains!!!

10 mai 1940, la "drle de guerre disparat derrire des chars feraillant et des sirnes des Stukas", et les phases successives de la bataille de France sont marques du "sceau de l'initiative allemande". Ce sont deux armes diffrentes qui s'affrontent, l'une allemande qui progresse de 50 60 kilomtres par nuit, l'autre franaise qui se dplace au pas de ses hommes et de ses chevaux. Tout est dit sur la "surprise" de Sedan et des Ardennes, de l'erreur de Gamelin d'envoyer la 7me arme - l'arme de rserve - en Hollande ("manoeuvre Brda"), de la doctrine contresens d'emploi des blinds, de la "monte" du corps de cavalerie franais en Belgique, dans la rgion de Hannut, o se droulera la premire bataille de chars de l'histoire moderne. Des combats d'infanterie et d'artillerie Gembloux o les Franais feront belle figure, ainsi que des hroques et derniers combats mens par les tirailleurs et les zouaves dans les faubourgs de Lille encercle par les Allemands.

Tout est dit aussi des batailles de la Somme, o "le rapport de forces" est dfavorable aux Franais, surtout en blinds, des Alpes o face aux Italiens et aux Allemands, l'arme franaise fera preuve d'une belle dtermination, d'un moral lev, avec ses soldats originaires de la rgion, commands par des chefs charismatiques et nergiques, "L o il y a une volont il y a un chemin."

Dans les combats de juin 40, les soldats franais se reprennent ; du 5 au 22 juin les pertes allemandes doublent. Dcrites, la campagne de Norvge avec le dbarquement de la fameuse 13me DBLE Narvik et sa victoire "acquise malgr d'normes dficiences", l'vacuation du camp retranch de Dunkerque et l'opration "Dynamo" qui ravive les tensions qui existent entre les deux puissances allies depuis Narvik, que les marins "qui accepteront des responsabilits militaires et politiques dans le rgime de Vichy, ne pourront oublier". Plusieurs interventions concernent le rle de l'aviation paralyse par une dsastreuse organisation du commandement qui perdra "la bataille du matriel", les craintes bien exagres du haut-commandement sur "l'ennemi de l'intrieur et la peur du complot communiste." Aussi de l'arrire-front, de ses fragilits "dont les dirigeants manquent trop souvent de convictions, peut-tre d'imagination, parfois de courage."

La campagne de France verra les premires exactions des armes allemandes contre des soldats coloniaux "indignes", excuts l'issue des combats de juin 40 notamment dans la rgion lyonnaise, prmices de la guerre raciale engendre par le rgime nazi et que mnera la Wehrmacht sur le front de l'Est.

Certes le renseignement, avant le 10 mai est de qualit, son exploitation dfaillante, et l'une des intervenants se demande : "et si l'on avait eu toutes les informations possibles, les aurait-on admises ?", soulignant ainsi la fois la paresse intellectuelle des chefs - de Gamelin surtout - et le fait "qu'il fallait s'en tenir au plan".

"Les militaires ont-ils failli en 1940 ? " : Jean-Louis Crmieux-Brilhac souligne qu' coup sr le moral des soldats de 1939-1940 n'tait pas celui des soldats de 14. "Etait-ce leur faute si leur pays tait en retard d'une guerre ?" "Voulait-on gagner la guerre sans la faire ?", demande Jean-Jacques Becker. Insouciance, incomptence, tout est dit, sur cette dfaite des lites et de l'intelligence, de mai 40, au prix de 90000 "soldats de l'honneur", c'est la guerre des ides qui a t perdue et qui fut pour l'Allemagne une "trange victoire".

Il faut lire ce livre de prs de 600 pages, dense en exposs, en rflexions sur les causes profondes de ce dsastre, en analyses sur la stratgie militaire et politique suivie, fourmillant de dtails sur les oprations militaires.

Jean Novosseloff
Secrtaire Gnral-adjoint de l'association " Mmoire et Espoirs de la Rsistance "

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