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Andr JARROT


(1909-2000)

André Jarrot est né le 13 décembre 1909 à Lux (Saône-et-Loire), dans une famille bourguignonne de souche paysanne. En 1927, après des études à l'école Primaire Supérieure de Chalon-sur-Saône, il entre comme électromécanicien à la Compagnie du gaz et de l'électricité du sud-est  et devient militant syndicaliste. Puis, en 1937, il s'installe comme garagiste poids lourds à Chalon-sur-Saône tout en étant parallèlement moniteur d'aviation populaire au camp de Saint-Yan  près de Paray-le-Monial.

Recordman du monde

Grand sportif, il se distingue avant-guerre dans la course motocycliste : champion de France de vitesse sur 500 cm3 en 1937, recordman du monde des 24 heures moto  en 1938, avec Georges Monneret. Cette passion ne le quittera pas, pas plus que la passion du parachutisme lui qui jusqu'à 86 ans sautait encore en parachute en hommage à ses camarades de Résistance disparus !

Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé au 3e régiment de Génie. Fait prisonnier près de Clermont-Ferrand, le 22 juin 1940, il s'évade pour rejoindre Toulouse où il est démobilisé le 15 juillet 1940 et  s'installe alors à Lux.

Sa maison se trouvant juste sur la ligne de démarcation, il débute son action dans la résistance en devenant passeur au sein du réseau Ali-France. Son réseau, en collaboration avec le réseau Zéro France, a pour mission d'acheminer de la Belgique vers l'Espagne, des agents des réseaux alliés et français, des pilotes britanniques abattus et les prisonniers évadés. Dès octobre 1940, surmontant toutes les difficultés et échappant par miracle à l'arrestation à de nombreuses reprises, André Jarrot, accueille et fait traverser la ligne de démarcation à tous ces fugitifs. Au total, il prend en charge et dirige près de 4 000 d'entre eux tandis qu'il  multiplie également les transports de documents et de courrier entre  les deux zones.

En raison de son inlassable activité, probablement dénoncé, André Jarrot est arrêté par les Allemands en janvier 1942 mais il est  vite relâché faute de preuves. Cela ne refroidit pour autant son ardeur patriotique. Durant la même année, il est contacté par Christian Martell dont il avait fait la connaissance pendant l'hiver 1940-1941, alors qu'il était en instance de départ pour l'Angleterre. De retour en France, celui-ci est chargé par le BCRA de constituer une filière d'évasion de pilotes et de spécialistes de l'aviation. C'est donc tout naturellement vers Jarrot dont il connaît l'expérience et l'audace que se tourne Martell pour créer  le réseau Brandy.

La mission Armada

Fin 1942, leurs qualités de meneur d'hommes, leur témérité et leur connaissance du département désignent André Jarrot ainsi que Raymond Basset pour accomplir la première mission Armada. Appelés à Londres par le BCRA, ils sont arrêtés à la frontière pyrénéenne et internés en Espagne cinq mois durant. Ce n'est qu'au printemps 1943 qu'ils parviennent à rejoindre la Grande-Bretagne via Gibraltar.

Après un séjour à Londres au cours duquel il rencontre le général de Gaulle et où il subit un entraînement intensif de saboteur, André Jarrot, alias Claude Goujon, est parachuté en France, avec Raymond Basset, près de Clermont-Ferrand, dans la nuit du 16 au 17 août 1943.

Dans le cadre de la mission Armada, ils doivent neutraliser l'alimentation électrique des aciéries du Creusot, objectif visé en vain par la RAF en 1942, dont les bombardiers ont occasionné peu de dégâts aux usines mais des centaines de morts civils.

Ayant retrouvé Pierre Guilhemon, du réseau Brandy récemment démantelé, Jarrot et Basset, s'occupant directement des objectifs principaux et coordonnant l'action de plusieurs équipes constitués de résistants locaux, accomplissent alors, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1943, le sabotage de la centrale thermique de Saint-Marcel-les-Chalon, des transformateurs et disjoncteurs de Germolles et de Lacrost, de la station de transformation au pont Jeanne-Rose près de Montchanin et des pylônes sur la ligne à haute tension Pougny-Le Creusot.

Le franc succès de la mission Armada se concluant par un rapatriement rapide des deux saboteurs à la mi-septembre par opération aérienne amène Londres à leur confier une mission plus importante : Armada II qui vise l'alimentation électrique de plusieurs centres industriels , dont la région parisienne.

La politique : une passion

De nouveau parachutés près de Cormatin, dans la nuit du 7 au 8 novembre 1943, André Jarrot et Raymond Basset, aidés par la Résistance locale, n'ont de cesse de repérer et de saboter les objectifs assignés, s'adaptant et choisissant d'autres cibles au gré des circonstances.

L'opération s'achève par un bilan important évitant aux alliés d'avoir à effectuer des bombardements sur ces objectifs : en 3 semaines  182 pylônes  à haute tension sont abattus sans compter 4 sabotages de canaux.

De nouveau appelé à Londres, André Jarrot reprend le chemin de l'Espagne avec Guilhemon et Basset en mars 1944.

Après le 6 juin 1944, André Jarrot est parachuté, en qualité de délégué militaire du département de Saône-et-Loire au-dessus de la Saône. Cette nouvelle mission a pour but d'empêcher le repli des troupes allemandes qui remontent la vallée du Rhône. Le lendemain, il participe à la destruction du pont de Tournus. Parachuté à nouveau le 9 juillet 1944, André Jarrot prend le commandement du maquis Corlay.

Après la libération du territoire qu'il commande sur le plan militaire, André Jarrot obtient d'être employé à une mission spéciale.

Après avoir subi un nouvel entraînement rigoureux en Angleterre, il est parachuté en mai 1945 derrière les lignes allemandes à Hambourg,

De retour en Bourgogne, la guerre terminée, André Jarrot reprend ses activités de garagiste. Cependant, il estime que la Résistance peut être le creuset d'un renouveau civique. Homme d'action et de conviction, il se jette à corps perdu dans la politique et enchaîne les mandats électifs

Devenu responsable du RPF de Saône-et-Loire en 1947, puis fondateur de l'UNR en 1958, il est élu successivement maire de Lux, sa commune natale, de 1953 à 1965, puis maire de Montceau-les-Mines de 1965 à 1986 tout en étant député de Saône-et-Loire (1958-1974 et 1978-1981). Il est aussi conseiller général du canton de Chalon-sud de 1967 à 1978 puis conseiller général de Montceau-les-Mines nord de 1984 à 1992 .

Membre du Parlement européen de 1962 à 1974, il est appelé comme ministre de la Qualité de Vie par le Président Valéry Giscard d'Estaing de mai 1974 à janvier 1976, avant d'être élu sénateur RPR de Saône-et-Loire de 1986 à 1995.

Sa carrière politique ne lui fait pas pour autant oublier ses camarades de Résistance.

Membre du Conseil confédéral de la France Combattante, il assume  la présidence de la Confédération Nationale des Combattants Volontaires de la Résistance (CNCVR) de 1976 à 1998 succédant ainsi à Jean Ginas. Au sein de la Confédération, il entretient l'esprit de fraternité et de camaraderie qui régnait dans la Résistance sans sectarisme ni souci des étiquettes.

Il devient un fervent partisan du Concours National de la Résistance et de la Déportation, reprenant ainsi le flambeau de ses prédécesseurs de la CNCVR qui avaient créé et réussi à faire institutionnaliser ce concours.

Alors que l'éducation civique et l'apprentissage de la citoyenneté n'étaient plus à la mode, André Jarrot, avait depuis longtemps compris l'importance que représentait ce concours pour la formation civique des jeunes générations.

Il ne manque jamais de présider à Paris les remises des prix aux lauréats nationaux organisées au Cercle national des Armées par la CNCVR et les principales associations issues de la Résistance et de la Déportation. Ces remises solennelles suivies d'un dîner, convivial et chaleureux, où se mêlaient témoins et lauréats étaient pour lui l'occasion de répondre, simplement et sans forfanterie, à leurs questions mais aussi d'encourager tous ces jeunes dans lesquels il voyait l'espoir de notre Nation.

En 1992, lors de la constitution de la Fondation de la Résistance, il adhéra sans réserve à ses objectifs pour devenir administrateur et l'un de ses présidents d'honneur.

André Jarrot est décédé le 21 avril 2000 à Lux par Chalon-sur-Saône où il a été inhumé.

Sa générosité débordante et son écoute chaleureuse des autres lui ont permis d'avoir un dialogue spontané et confiant avec la jeunesse. Les propos affectueux de son petit-fils, lors de son inhumation,  en ont été une émouvante démonstration.

Grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération (par décret du 16 juin 1944), son action dans la Résistance lui a valu de  nombreuses distinctions. Il s'est vu attribué entre autres : la croix de guerre 1939-1945 avec 3 palmes, la médaille des Evadés, la croix de guerre Belge avec palme, la croix d'officier de l'Ordre de Léopold (Belgique), la Military Medal (GB), la Distinguished Conduct Medal (GB) et la Medal of Freedom (États Unis).

Frantz Malassis

 

Sources :

- biographie en ligne sur le site Internet du musée de l'Ordre de la Libération dont nous tenons ici à remercier son conservateur M. Vladimir Trouplin.

- André Jeannet, La Seconde Guerre mondiale en Saône-et-Loire. Occupation et Résistance, Mâcon, JPM éditions, 2003, 350p. + annexes