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Disparition de Jean-Louis Crmieux-Brilhac

Actualit Actualit, Jeu 9 avril 2015

Membre du Comité historique et pédagogique de la Fondation de la Résistance depuis l’origine, Jean-Louis Crémieux-Brilhac est décédé mercredi 8 avril 2015 à 98 ans. Il était l’exemple le plus achevé de la capacité de certains acteurs de l’Histoire à se muer en historiens : sa rigueur et sa rectitude intellectuelles avaient fait de lui un chercheur de référence sur une période – les années noires – dont il avait été un protagoniste éminent.

Pendant la guerre, il est fait prisonnier en juin 1940 mais s’évade en janvier 1941 de son Stalag et réussit à gagner le territoire soviétique. Il y reste en captivité jusqu’à ce que l’invasion de l’URSS par Hitler rompe le pacte germano-soviétique et aboutisse à sa libération avec 185 autres Français, qui gagnent Londres et s’engagent dans la France Libre. Jean-Louis Crémieux, qui prend alors le pseudo de Brilhac devient pendant deux ans secrétaire du Comité exécutif de propagande et chef du service de diffusion clandestine de la France libre.

A la Libération, il est un des co-fondateurs de la Documentation Française, où il fera l’essentiel de sa carrière et dont il deviendra le directeur. Dans ces fonctions, il est dès l’après-guerre le promoteur discret, mais efficace, des premiers travaux sur la résistance : il fait publier en 1945-1946 plusieurs « notes documentaires et études » du Ministère de l’information sur le sujet et contribue à susciter l’essai de Lucie Aubrac (La résistance : naissance et organisation). Trente ans plus tard, la Documentation Française publie une anthologie des émissions françaises de la BBC pendant la guerre (Les Voix de la Liberté, 5 volumes, 1975). Cette somme qu’il a lui-même dirigée reste encore aujourd’hui un instrument de recherche incontournable.

Sa vraie « carrière » d’historien commence cependant à la retraite, jalonnée d’ouvrages qui ont tous fait date et illustrent en même temps un itinéraire intellectuel exemplaire par son altruisme. Cherchant d’abord à restituer l’immense complexité du contexte de l’effondrement de juin 1940, il est le premier à aborder de front ce problème en tentant une synthèse à l’échelle de la société française dans son ensemble (Les Français de l’an 40, 1990). Puis, il s’attelle, seul, à une histoire de la France libre, ouvrage paru en 1996 et qui risque de rester longtemps encore une référence, car les aspects qui ont été ou seront un jour inévitablement remis en question sont compensés par une hauteur de vues peu commune. L’auteur est d’ailleurs le premier à avoir constamment apporté des retouches à son La France Libre, avec L’appel du 18 juin (2010) et De Gaulle, la République et la France libre (2014).

Les autres publications de Jean-Louis Crémieux-Brilhac ont toutes en commun cette passion de faire connaître l’action des autres avant la sienne, qu’il s’agisse de mettre en avant le groupe des 186 évadés par la Russie auxquels il appartenait (Prisonniers de la Liberté, 2004) ou Georges Boris, qu’il a côtoyé du temps de la France Libre puis aux côtés de Pierre Mendès France (Georges Boris. Trente ans d’influence. Blum, de Gaulle, Mendès France, 2010), sans compter les nombreuses préfaces aux souvenirs inédits de Français Libres. C’est aussi à sa persévérance discrète qu’on doit la traduction de SOE in France, le livre de référence sur les réseaux britanniques ayant opéré sur le sol français (trad. Des Anglais dans la Résistance, 2011), quarante-cinq ans après sa parution en Angleterre.

Infatigable, il aura ces dernières années accepté de prendre la présidence de l’association Résistance Liberté Mémoire, vouée depuis de longues années à la publication ou réédition de témoignages et d'études sur la résistance, en coopération avec les éditions du Félin. Il y a privilégié la parution d’inédits comme les souvenirs de José Aboulker, Radio libre de Maurice de Cheveigné et, cette année encore, la correspondance de Madeleine Michelis.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac a également continué à prendre une part active aux débats intellectuels que continue à susciter l’historiographie de la résistance, par des articles publiés ces dernières années dans la revue Le Débat, en particulier sur l’attitude des résistants et des Français libres face au génocide des Juifs. Avec une constante : toujours, veiller à distinguer soigneusement l’argumentation du chercheur et le témoignage de l’acteur qu’il avait été.

La photographie accompagnant cet article date du 18 février dernier ; elle a été prise à l’Elysée, où il avait été élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur, distinction qu’il avait reçue du président de la République.